LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
ruines des temples, qu'il seroit au moins bien difficile de les en distinguer; circonstance, au surplus, qui confirme ce que nous avons dit de l'unité fondamentale des diverses branches de l'art.
Elle n'est pas moins remarquable chez les Grecs. Entre le Parthenon et les Propylées, on reconnoît une parenté manifeste : même caractère, mêmes lignes, même élégance gracieuse et noble. En ce pays où le peuple régnoit, point de palais fastueux, mais des édifices destinés à tous, des théâtres, des portiques, et partout le sentiment de l'homme dans sa beauté et sa liberté. Sa maison est le temple en petit ; le temple est sa maison agrandie, ornée, proportionnée à sa nature idéale. L'art s'épanouit avec volupté, comme la fleur sous un ciel serein. Il recherche la lumière, les souffles caressants, les suaves harmonies, les riantes perspectives. Descendu de l'Olympe, il y remonte par les douces pentes du mont parfumé.
L'architecture civile prit à Rome beaucoup plus de développement que dans la Grèce, elle y fut appliquée à des monuments beaucoup plus variés, et c'est surtout dans ces monuments que Tart romain se sépare de l'art grec, par l'emploi constant de la voûte, moins légère et moins élégante que la colonnade et son architrave , mais d'une majesté plus sévère et d'une plus grande solidité. On voulut qu'ils
i82 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
vainquissent le temps, qu'ils participassent à l'éternité du Peuple-roi , aux destins de l'Empire fondé sur le sol prophétique du Gapitole ; point central, mystérieux , d'où la puissance romaine étendit ses rayons sur le monde entier, et où le monde entier, ses dieux en tête, vint fléchir le genou et s'organiser dans l'unité.
Guerrière et conquérante, Rome brilloit encore par la science du droit et le génie administratif ; et, après qu'elle eut attiré à soi les richesses de l'univers, corrompue par le luxe , dévorée de l'ardeur des jouissances, elle se précipita, bacchante effrénée, en des orgies sans exemple, sans nom, dans tout ce que purent enfanter de plus excessif des mœurs cruelles et voluptueuses , et toutefois empreintes d'une étonnante grandeur.
Cette société se retrouve avec ses caractères dans les productions de l'art. Les arcs de triomphe, élevés jusqu'au fond des plus lointaines provinces, les magnifiques colonnes d'Antonin et de Trajan , les palais môme des gardes prétoriennes près de quelques demeures impériales , rappellent et l'esprit martial, et la fierté et la gloire du peuple qui soumit tous les autres peuples. Ces monuments , les premiers surtout, sont purement romains. On croit voir, en les contemplant, les uations se courber pour passer sous ces voûtes ornées de leurs dépouilles.