LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III. J
La grave et vaste basilique où le magistrat rendoit ses arrêts, offroit quelque chose d'analogue aux formes solennelles de la jurisprudence et à l'austérité de la loi. Le génie de l'administration se montroit partout, dans les ponts qu'on admire encore, dans les masses colossales des acqueducs et leurs coupes hardies , dans les portes des villes , d'une beauté si simple et d'un aspect si imposant, dans une multitude d'autres ouvrages d'utilité publique, dont plusieurs ont duré jusqu'à nos jours. Mais, à partir des temps où le luxe envahit l'Empire, où le romain, fatigué de ses vieilles vertus et se plongeant avec fureur au sein des plaisirs, embrassa la vie comme une courtisane , ce qu'il demanda principalement à l'Art ce fut de servir et d'exciter ses désirs insatiables. De là tant de monuments entassés, pressés sur le sol qu'ils surchargent, théâtres, arènes, thermes, portiques, molles et somptueuses villas. Quelle frénésie de convoitise, quels prodiges de puissance, du Colysée, ce temple du meurtre, aux palais sous-marins de Caprée ! L'Art cependant, las de flatter les passions sensuelles et féroces, eut aussi son côté moral ; il avertit l'homme de la fragilité de son existence d'un moment, de la vanité de ses grandeurs qui se résolvent en un peu de poussière, et le caractère du peuple romain primitivement agriculteur, et qui toujours conserva le goût de la
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nature champêtre, est encore rappelé par ses tombeaux dispersés le long des chemins dans la campagne. On diroit que ceux qui reposent là , fuyant le tumulte des cités pour revenir s'asseoir au foyer rustique, surpris par le soir se sont endormis sur le bord de la route.
Avant de parler de rarchitecture des nations chrétiennes, laquelle ne se développa qu'assez tard, nous nous arrêterons quelques instants à celle des Arabes. On y trouve une confirmation des principes exposés précédemment. Les peuples musulmans n'eurent jamais d'architecture religieuse : pourquoi? parce que leur religion, pur déisme, sépare totalement Dieu de son œuvre, ne le fait connoître ni en lui-même ni dans ses rapports avec la Création, le reléguant au fond des impénétrables ténèbres de son unité absolue. L'univers dès-lors n'est point pour elle l'expression de l'Etre infini. Ne correspondant par ses dogmes à aucune conception des choses, elle n'a en soi aucune vertu plastique. Le temple est arbitraire et vide, il ne procède point d'elle : prolem sine matre creatam. Et c'est par une raison semblable que, chez les chrétiens, le protestantisme s'est montré si stérile au point de vue de l'Art. 11 a des lieux de réunion, il n'a point de temples, parce qu'il n'a point de sanctuaire où réside la force génératrice du temple, la Divinité dont il émane.