‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 95 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III

Mais si l'Islamisme n'a pu enfanter une architecture religieuse , exprimer par elle une pensée qui lui manquoit , l'arabe civilisé a empreint de son génie d'autres monuments , où l'art , quelque emprunts qu'il ait pu faire à l'architecture bysantine ainsi qu'à celle de l'Hindoustan , se manifeste sous des faces nouvelles. Né sous un ciel de feu , dans une contrée en partie couverte de montagnes arides et de plaines de sable parsemées de rares oasis, ce peuple dut à son climat, aux habitudes qu'il produisit, aux mœurs qu'il engendra, les principaux traits qui le caractérisent. Vivant sous la tente, et trop souvent de rapine, pour suppléer à ce que le sol lui refusoit, errant avec ses coursiers et ses chameaux d'un lieu à un autre sans jamais se fixer en aucun , l'esprit d'indépendance, le courage audacieux, la fierté personnelle, durent surtout le distinguer. Les liens de famille et de tribu furent les seuls qu'il connut, avec ceux de l'hospitalité par lesquels il se rattachoit à l'humanité dont le séparoit son existence isolée et nomade. Actif seulement aux jours du combat, lorsque ses besoins ou ses convoitises le poussoient à quelque entreprise, replié d'ailleurs en lui-même, immobile sous les larges plis de son manteau de poil, toutes ses énergiques facultés se concentroient dans la vie interne. La simplicité même de cet état primitif le détour-

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noit de la science, dont la culture exige une civilisation plus avancée. Que lui restoit— il donc? La poésie, mais une poésie à part , en harmonie avec son soleil, ses solitudes brûlantes, avec ses souffrances et ses joies, ses instincts, ses aspirations. Allant où l'esprit Temportoit, il se créa pour les habiter des régions plus belles, plus heureuses. Son ardente imagination peupla l'univers d'êtres invisibles, de génies puissants, bons et mauvais, que l'homme initié aux arts magiques pouvoit s'assujettir par la vertu de certains charmes. Cette croyance inculquée dès le berceau, nourrie par des récits merveilleux que les générations se transmettoient, changeoit à ses yeux l'aspect du monde , l'enchantoit en quelque manière. Rien, dans ce qui frappoit ses regards ne lui donnoit le sentiment des grandes énergies de la Nature ; il y substitua ces forces d'un autre ordre, personnifiées, volontaires et libres, indépendantes des lois fatales de la Création inférieure ; et lorsque, haletant sur une terre nue, dans une atmosphère embrasée, il s'abandonnoit à ses vagues désirs, ce qu'il aimoit à se représenter, c'étoient des eaux et des ombrages, une lumière affoiblie et douce, dont les reflets se projettent à travers un épais feuillage sur les ondes limpides de la source près de laquelle il respire la fraîcheur avec volupté. Tel étoit pour lui le type parfait de la beauté dans la Nature,

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