LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
De la combinaison de ces choses est née l'architecture arabe. Elle ressemble à un rêve brillant, au caprice des génies, qui s'est joué dans ces réseaux de pierre, dans ces délicates découpures, ces franges légères, ces lignes volages, dans ces lacis où l'œil se perd à la poursuite d'une symétrie qu'à chaque instant il va saisir, qui lui échappe toujours par un perpétuel et gracieux mouvement. Ces formes variées vous apparoissent comme une puissante végétation, mais une végétation fantastique; ce n'est point la nature, c'en est le songe. La lumière voilée prend des teintes moelleuses, une sorte de velouté aérien, analogue à ce monde de féerie et qui en augmente l'illusion. Partout des canaux murmurants, des fontaines jaillissantes, une impression de langueur qui assoupit les sens. Que l'amour, un amour plus passionné, plus sensuel que tendre, anime ce magnifique palais, toute la vie de l'arabe est là dans son exemplaire idéal. De conception dogmatique des choses, de pensée sociale, nul vestige. Cette ravissante demeure n'est destinée qu'à l'individu , ne rappelle que lui. Les mœurs hospitalières des fils d'Ismaël auront pourtant aussi leur expression plus rapprochée des habitudes simples de son primitif état. Sur les sentiers arides du désert, près d'une source et de quelques palmiers , il élèvera des abris , des lieux de repog
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pour le voyageur , des caravansérails, des tentes de pierre.
Jusqu'à l'invasion des peuples du nord, l'architecture civile des nations chrétiennes, du moins en occident, fut, comme leur architecture religieuse, exclusivement romaine. Puis l'art s'affaissa sous les ruines de l'empire, mais pour renaître avec un caractère nouveau. Il reparut informe encore, lorsque l'institution féodale commença elle-même à s'organiser. D'autres idées, d'autres mœurs marquèrent de leur empreinte ses rudes productions. Il se résuma d'abord tout entier en deux édifices, l'église et le château, auxquels on pourroit joindre, comme une sorte d'intermédiaire, le couvent. A cette époque de violence et de désordres, celui-ci recueilloit, au fond des forêts et des vallées incultes, à l'ombre de la croix protectrice du foible, ceux qui, portant avec douleur le poids de la société, ou d'eux-mêmes, cherchoient dans le travail du corps le repos de l'esprit, la paix dans le sacrifice de soi, la liberté dans l'obéissance, les joies intimes de l'homme intérieur dans la contemplation de Dieu et des mystères de la vie future. Que leur falloit-il? Une demeure simple, pauvre et sévère, conforme à la profession qu'ils faisoient de détachement du monde et des choses du monde. Cependant , à mesure que ce détachement même devint une source