LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
de richesse et de pouvoir, le monastère s'agrandit, s'orna , sans néanmoins perdre entièrement son caractère primordial. De modestes cellules groupées autour d'un cloître , tel en fut le type , qui rappelle tout ensemble la vie retirée et la vie commune. La pauvreté est dans la cellule, la richesse dans le cloître où se déploient toutes les beautés, toutes les magnificences, toutes les délicatesses de l'art. On y peut suivre son progrès , depuis les premiers essais du roman jusqu'à la perfection du gothique ; . après quoi Fart passant à travers la Renaissance, se tranforme et retombe dans l'imitation de l'antique. Le couvent, comme l'église, annonce alors l'affaiblissement de la foi, une préoccupation dominante de l'institution positive , humaine; il exprime enfin l'idée terrestre substituée à l'idée mystique.
Le château féodal , situé d'ordinaire sur le sommet de rochers presque inaccessibles, ressemble à l'aire de l'aigle. Son aspect sombre, ses tours massives percées d'ouvertures étroites, ses créneaux pareils à d'énormes dents, éveillent le sentiment d'un pouvoir redoutable , d'une domination farouche et mêlée toutefois de je ne sais quelle fierté rude et noble. En le voyant, on a sous les yeux le spectacle d'une société divisée en elle-même, où les armes remplacent le droit et la loi. Symbole de la puis-
lÔO IIe PARTIE.— DE L'HOMME.
sance solitaire et indépendante, de la force et de la grandeur personnelle, il représente merveilleusement ces temps d'anarchie où les liens de l'humanité n'existant plus dans l'ordre politique, l'homme individuel, sans souci d'autrui, se faisoit lui-même toute sa destinée.
Lorsque la police des états prit une forme moins irrégulière, qu'une meilleure organisation de la justice et de la force réprimante ramena quelque sécurité et avec elle un développement d'industrie et de richesse , le château , peu à peu , descendit de ses rocs escarpés ; il cessa d'être une citadelle pour devenir la demeure pacifique d'un pouvoir garanti par les lois et sûr de lui-même. L'art y réalisa progressivement ses types variées , en suivant toutes les phases de l'architecture religieuse. Aux massives constructions des siècles antérieurs succéda le gothique élégant de légèreté et riche de détails ; vint ensuite la Renaissance , dont, le style qui marque pour le Temple un commencement de décadence , est au contraire admirablement approprié aux édifices destinés aux usages de la vie domestique et civile ; enfin reparut l'art grec et romain , mais alourdi ou maniéré, privé de sa grandeur et de sa grâce native. L'architecture arabe elle-même pénétra chez les nations occidentales, à Venise surtout à cause de ses relations multipliées avec l'Orient;