LIVRE IIIe. — CIÏAPITRE 1er
tion extérieure et substantielle des idées divines par le moyen de la distinction devenue limite , et Ton ne sauroit le concevoir existant , qu'on ne le conçoive comme actuellement participant à l'être de Dieu et à ses propriétés essentielles , c'est-à-dire , en rapport , en communication avec les trois Personnes divines , qui lui donnent incessamment quelque chose d'elles-mêmes.
Et, en effet, il reçoit de Dieu considéré dans son unité , l'être , la substance , qui se spécifie , comme on le verra bientôt dans les êtres particuliers , par le degré où ils participent à la force du Père , à l'intelligence du Fils , à la vie de l'Esprit. Car partout il y a force, partout il y a forme, ordre ou intelligence , partout union ou vie. Supposez l'absence de la force , d'une énergie propre à chaque être , qui le soutienne continuellement , sa substance devient une pure abstraction. Supposez l'absence de la forme et de l'ordre , vous supposez par là même tout à la fois, l'absence d'un principe constitutif de l'être , et de rapports mutuels entre les êtres, dont l'existence devient alors non seulement inconcevable , mais contradictoire. Supposez l'absence d'un principe d'union , l'univers se dissipe et fuit dans le néant. Or ces trois choses ne sont au fond que les propriétés de l'Etre infini , en tant que les créatures peuvent y participer. L'univers n'est
iSO Ife PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
donc et ne peut être qu'une véritable manifestation de Dieu : et voilà pourquoi l'Antiquité se le représentoit comme un temple , dans lequel , avant l'introduction du mal, tout être est un rayon de sa gloire, toute voix un hymne à sa louange : Cœli enarrant gloriam Dei \ Il est de plus , selon les mêmes idées , et dans un sens très-vrai , comme une grande et permanente incarnation du Dieu créateur : car toutes les réalités viennent de lui , ont leur racine en lui , et le reflètent tout entier , quoique d'une manière finie. Il a mis dans chaque être quelque chose de tout ce qu'il est , et les plus parfaits portent en eux la visible empreinte de cette parenté divine : Ipsius et genus sumus 2. Sortie de lui , la Création aspire , en quelque sorte , à retourner vers lui , parce qu'en lui est son terme , ainsi que son origine. Elle se dilate au sein de son immensité par un progrès sans fin , qui n'est qu'un don perpétuellement inépuisable de lui-même. Il l'attire à lui en s'épandant en elle , il la pénètre , il la féconde , il se prodigue à elle pour accomplir incessamment une union toujours plus intime , qui ne sera jamais consommée. Autant qu'il est possible à notre débile intelligence d'embrasser l'œuvre
t Ps. xvm, 1.
s Act. xvn, 28.