DE L'UNIVERS A SON PREMIER ÉTAT
Parmi les anciennes cosmogonies , il n'en est point qui ne parle d'une époque où l'univers , dépourvu encore de toute organisation , ne présentoit , au sein de la nuit , qu'un chaos immense. Aucune idée plus générale, aucune tradition plus antique. Contemporaine du genre humain , on la retrouve partout , et , quant au fonds, partout la même. « Au commence- « ment , dit la Genèse , Dieu créa les cieux et la « terre , et la terre étoit informe et vide ; les té- « nèbres couvroient la face de l'abîme, et l'Esprit « deDieusemouvoitsur les eaux *. » Rien de ce qui devoit apparoître plus tard n'étant développé selon sa nature distincte et spéciale , tout gisoit confondu dans une seule masse élémentaire : Rudis , indigestaque moles.
Un mélange confus de ce qui n'a point de nom 1
1 Suivant une autre version, incubabat, couvoit les eaux.
15& lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L* UNIVERS.
de ce qu'on ne sauroit se représenter en aucune manière , tel étoit , suivant la croyance de ces âges reculés , l'univers à son origine ; et c'est pourquoi on se le figuroit comme un tout aqueux ou fluide , c'est-à-dire, comme ce qui , pour nous, éloigne le plus l'idée d'existences particulières et de formes déterminées.
Comment l'esprit humain arriva-t-il à cette côn~ ception de l'état primitif des choses? peu importe. Toujours est-il qu'en ce qu'elle a d'essentiel , elle concorde parfaitement avec les résultats de l'observation scientifique. Car celle-ci, en remontant dans le passé , conduit par une série décroissante d'êtres ou de formes de moins en moins nombreuses , de moins en moins complexes , à une première époque où notre globe ne dut être qu'un simple amas de gaz au sein duquel , par un secret travail dont nous rechercherons ailleurs les lois , s'accomplirent les productions postérieures. Et comme on découvre dans l'immensité de l'espace une infinité de pareils amas , lesquels , à différents degrés de condensation, semblent n'être que les germes , les embryons de mondes futurs , l'analogie permet d'étendre à l'univers entier cette loi de formation manifestée par des faits certains , et qui déplus se déduit naturellement de la théorie abstraite des causes ou de la science générale de l'Être , telle que nous l'avons exposée.