LIVRE IIIe. — CHAPITRE III
La Création, en effet, a dû offrir, sous les conditions du temps ou de la durée successive , un ordre de développement analogue à Tordre qui subsiste en ce qui constitue simultanément l'Etre absolu. Ainsi , dans l'œuvre éternellement progressive de Dieu , ce que Ton conçoit d'abord , c'est l'action de la puissance infinie , réalisant au dehors la substance unie à sa limite , l'esprit et la matière. L'intelligence et l'amour, comme principes spécifiques des choses , ne se manifestent encore , à ce premier moment , par la production d'aucun être distinct , d'aucune forme déterminée. Toutes existoient en germe dans la matrice universelle ; mais à leur évolution dévoient présider deux immuables lois , l'une relative à l'enchaînement qu'établit entre elles l'unité du plan divin , l'autre à leur dépendance réciproque, chaque forme simple, élément nécessaire d'une forme complexe plus élevée, devant dès-lors la précéder ou se développer avant elle. A l'origine donc, la Création, destinée d'ailleurs à se développer perpétuellement dans l'immensité, ne put être qu'une masse fluide , où les propriétés inséparables de la substance ne se manifestoient , dans l'absence de tout être distinct, que par les phénomènes généraux correspondants à chacune d'elles; le mouvement, manifestation de la force ; la lumière , manifestation de la forme ; la chaleur, manifestation de l'a-
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mour ou de la vie , ainsi que nous l'expliquerons bientôt. Ces principes premiers , doués chacun d'un efficace propre , agissant selon leur essence , un merveilleux travail d'organisation progressive commence pour ne s'arrêter jamais.
Alors les mondes se démêlant prirent possession de l'espace et s'ordonnèrent suivant les lois de l'éternelle dynamique. Alors se forma l'échelle des êtres qui, s'éievant de proche en proche du plus infime jusqu'au plus parfait , offrent le même esprit , la même substance sous ses différents modes de limitation.
Sur ce qui touche la formation de l'univers et son premier état , la spéculation philosophique , la tradition, la science , convergent donc en un même point , et cet accord mérite, certes, sous plus d'un rapport , une attention sérieuse. On ne doit pas oublier toutefois que , dans la poésie symbolique des récits traditionnels , la pensée quelquefois se recouvre d'un voile qu'il est nécessaire de soulever pour la discerner nettement. Elle présente d'ailleurs plutôt le caractère d'une intuition directe de l'ensemble des phénomènes extérieurs , que celui d'une étude scientifique fondée sur l'emploi de l'analyse et des déductions logiques, au moyen desquelles nous lions les effets à leurs causes connues ou présumées ; et les langues primitives , dépour-