‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 114 sur 245 · LIVRE IIIe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe. — CHAPITRE IV

grandes puissances de la nature ou ces fluides élémentaires invisibles , incoercibles , impondérés , dont la science observe les effets, mais qu'elle ne peut malgré ses efforts atteindre et saisir en soi. Ces forces aveugles et indéterminées par ellesmêmes , produisent , sous l'influence directe du principe de la forme et ultérieurement sous la direction de volontés intelligentes , d'après des lois relatives à l'ordre universel , les phénomènes généraux du monde.

La force apparoît encore sous le même mode dans les êtres auxquels nous donnons plus particulièrement le nom de corps , et qui offrant , avec un commencement d'organisation une forme appréciable , sont , quoique privés de vie suivant l'acception commune de ce mot , déjà moins imparfaits que les éléments primitifs qu'ils modifient en les soumettant à leurs lois propres ; c'est-à-dire , que l'esprit, qui est l'être véritable , se manifeste en eux davantage par ses propriétés.

Partout où il existe une organisation individuelle, dépendante d'un principe interne spécial qui la réalise par son énergie , la force apparoît sous le second de ses modes , et les phénomènes qu'elle présente sont déterminés par la nature de l'être en qui elle réside , ou par les rapports particuliers de cet être avec l'intelligence et l'amour , rapports qui

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constituent ses lois propres. Ainsi , de la plante ayant déjà sa forme spécifique , les lois de sa formation , de sa conservation et de son développement dans l'unité individuelle , c'est-à-dire , sa vie et les lois de sa vie , on s'élève de degrés en degrés jusqu'aux animaux les plus parfaits ou jusqu'aux êtres moins limités , mais cependant encore dépourvus d'intelligence.

Avec la volonté intelligente et libre la force se montre sous son troisième mode. Maîtrisée , dirigée par un nouvel agent , elle est aussi dès-lors soumise à des lois nouvelles ; et comme les phénomènes qu'elle produit sous ses deux derniers modes, sont en partie d'une autre nature et n'ont plus pour unique cause les impulsions et les résistances des diverses forces particulières extérieures et purement physiques , les rapports de ces phénomènes ou des forces qui les produisent, cessent d'être représentés par les rapports entre leurs limites.

Quoique ces trois modes sous lesquels la force se manifeste dans l'univers soient très-réels et trèsdistincts , néanmoins on ne doit pas croire qu'ils existent séparément d'une manière absolue : car rien n'est absolu dans la Création où tout se lie , s'enchaîne et se modifie mutuellement. Ce qui est supérieur tient toujours par quelque chose de luimême à ce qui est inférieur , et ce qui est inférieur

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