LIVRE IVe.— CHAPITRE II
produisant comme elle sous les conditions de la limite, sans qu'aucun être particulier apparoisse encore. Or la force existant sous les conditions de la limite emporte ridée d'un fluide , positif par ce qui le constitue intimement , négatif ou matériel par ce qui opère sa limitation. La forme et l'amour ne peuvent non plus , à cette même époque , être conçus sous une autre notion , puisqu'unis à la force en chaque point indivisible de l'étendue homogène , ils participoient dès-lors au mouvement que la force , en vertu de son activité propre , imprimoit à chaque point de l'étendue. L'univers donc, à son état primitif, offroit nécessairement une masse fluide , résultat de la combinaison des trois fluides essentiels et primordiaux , le fluide électrique , la lumière et le calorique.
Mais la forme première qui renfermoit en puissance toutes les autres formes , unie à la force expansive , tendoit à développer ces formes variées, ces germes encore inactifs qu'elle contenoit en soi , et à les développer selon l'ordre où elles s'enchaînent et se supposent mutuellement , les plus simples étant les éléments nécessaires des plus composées. Alors commence un nouveau travail. Chacun de ces germes s'assimilant , suivant une proportion déterminée par sa nature, les trois éléments primitifs combinés dans le fluide universel ,
220 lro PARTIE, — DE DIEU ET DE L'iJKIVBBS.
les soumettant à son action spéciale , et , qu'on nous permette ce mot , les concrétant par sa puissance d'affinité et de cohésion , les aggrégats similaires se forment , l'aride , selon l'expression de Moyse, se sépare des eaux *; et dans ces corps, premier produit de l'énergie de la forme , la force , la lumière , le calorique , modifiés par l'opération du nouvel agent qui les assujettit à ses lois, passent de l'état libre à l'état latent. De là les roches primitives et successivement les cristallisations diverses , qui formèrent la base de notre globe et des globes semblables.
La différence des formes intrinsèques produisant des différences de densité , il en résulte , sous l'influence des lois géaérales de la force et de l'attraction , des noyaux , des centres divers qui , établis entr'eux dans un ordre de rapports fixes , marquent des distances dans l'espace , et, par l'enchaînement des mondes aux mondes produisent l'harmonie extérieure de l'univers.
Ces centres , que nous appelons astres , sont de deux genres ; les uns , comme nous venons de le dire , composés de corps où la force , la lumière et le calorique existent à l'état concret et latent , les autres qui semblent n'être que d'immenses réservoirs ou des agents moteurs des fluides primitifs r % Gènes, 1, 9,
LiVttÉ ï\\ — tHAi»ltRË îL iii
tToù ils rayonnent perpétuellement pour fournir aux êtres organisés les éléments nécessaires de leur vie et de leur être. Et c'est ainsi que la lumière comme parle encore Moyse, fut séparée des ténèbres *5 que si Ton supposoit que ces astres lumineux, qui remplissent dans la Création des fonctions si importantes peuvent être le séjour d'êtres plus spiritualisés et plus parfaits que ceux avec lesquels nous sommes en rapport , on diroit peut-être une chose vraie , mais Ton n'avaneeroit qu'une simple conjecture.
Quoi qu'il en soit, à mesure que la forme primitive se développe, ou que se multiplient les formes particulières , on voit apparoître, par leurs combinaisons de plus en plus complexes , l'innombrable variété des êtres inorganiques , dont les germes , comme ceux de tous les êtres , existoient originairement dans la matrice universelle. La force partout répandue les réalise individuellement, par une évolution régulière de la forme générale , comme la même force à un autre état , la force intellectuelle qu'on nomme attention , réalise individuellement dans notre esprit , selon leur ordre de dépendance réciproque , les idées particulières contenues dans une idée générale. Chaque germe , en devenant actif , en s'animant , attire à lui les éléments con- 1 Gènes. I, 4.
îtëS Ifê PARTIE. — 1>Ë DIEU ET DE L'CNIYEIlS.
formes à sa nature , les combine et les modifie par son énergie spéciale, se les approprie, se les assimile , et croît ainsi indéfiniment , mais par une simple juxta-position de parties similaires, intrinsèquement soumises aux mêmes lois , mais indépendantes Tune de l'autre dans leur existence actuelle, et dont l'union, dès-lors, ne constitue aucune individualité réelle : et c'est parce que les corps bruts sont dépourvus de véritable individualité que leurs lois ne sont que les lois générales de la force, de la forme , du calorique et de l'attraction , etconséquemment des lois mathématiques , c'est-à-dire , exprimant des rapports nécessaires , rigoureusement déterminés', et représentés , dans chaque cas particulier, par les rapports entre les limites.
Tout corps supposant une certaine proportion de force et de calorique dans une aggrégation d'éléments figurés , unis par la puissance d'affinité propre à la forme , il s'ensuit d'abord que le mouvement continuel des fluides primitifs, condition nécessaire de la formation des corps, est en même temps pour eux une cause permanente de dissolution ; secondement, que leur dissolution peut s'opérer, soit en changeant les proportions requises en chacun d'eux de la force et du calorique , considérés comme deux de leurs principes intégrants , soit en soumettant leurs éléments figurés à une affinité plus énergique ,
iîVftË IVe. — CHAPITRE lî. â£3
c est-à-dire, toujours en intervertissant les lois propres du corps qu'il s'agit de dissoudre ; troisièmement, que la formation de tout corps déterminé par une forme complexe implique la dissolution ou l'absorption d'autres corps , qui seuls peuvent lui fournir ses éléments indispensables , et que par conséquent , dans cet ordre d'êtres , la destruction n'est en réalité que la création même sous une de ses faces, le mouvement progressif, le développement continu , qui , par la réalisation successive de toutes les formes finies harmoniquement liées , tend à reproduire la forme infinie , la forme divine.
èï4 l" PARTIE. — DE tlIEC ET DE LUNIVEfiS,