‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 149 sur 245 · LIVRE IVe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IVe. — CHAPITRE IV

sorte que les différences qui les caractérisent respectivement ne deviennent appréciables que dans des ternies déjà fort distants. Au fond , ces différences se réduisent à une seule , à un développement plus grand de l'intelligence et de l'amour, d'oùnait la faculté de sentir, et avec elle un nouveau principe d'action , qui restreint encore , si l'on peut ainsi parler, le domaine de la force pure.

Sentir, c'est avoir la conscience de soi et de ce qui se passe en soi. Or, tout être sensitif ne peut être , comme tel , modifié que de deux manières , que nous nommons plaisir et douleur, c'est-à-dire , qu'en lui toute modification aboutit , en dernier résultat, à l'un de ces deux termes. Et, puisque l'animal est en rapport , comme tous les êtres , avec les autres êtres qui l'environnent, et qui, perpétuellement agissant sur lui , perpétuellement aussi le modifient intérieurement, il a nécessairement avec eux des relations dépendantes de sa faculté de sentir. De là , ce qu'on appelle les sens , qui ne sont autre chose que les moyens de percevoir, dans cet ordre de développement , les* propriétés générales des êtres, la force , l'intelligence et l'amour. Et en effet , l'on peut remarquer que le tact , qui produit la sensation de la résistance et de l'étendue, est directement relatif à la force ; comme la vue qui donne la sensation de la forme , et l'ouïe qui perçoit la parole ,

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sont relatifs à l'intelligence; comme l'odorat enfin et le goût , qui dirigent l'être dans l'acte de l'alimentation , sont relatifs au principe de vie.

Outre la faculté de sentir, il existe dans les animaux une autre faculté communément appelée instinct , et celle de recevoir des perceptions et de les combiner, ou une sorte d'intellect passif et actif. L'esprit en eux ne perçoit pas le vrai , le nécessaire , l'absolu ; mais il perçoit le réel , avec lequel seul il est en rapport , et il effectue ou peut effectuer sur le réel toutes les opérations qui n'impliquent pas la connoissance du vrai. Par là ils se rapprochent des êtres intelligents , quoique séparés d'eux , comme on l'expliquera dans la suite, par une barrière infranchissable. Relatif aux lois de leur nature, l'instinct, inné dans les animaux, est une lumière interne qui détermine à y obéir leur volonté non libre , et transforme quelquefois la pure sensation de plaisir et de douleur en un commencement de passion plus noble. Le principe de vie, ou l'amour, se développant proportionnellement, donne naissance par la sympathie à une sorte de société très-réelle , quoiqu'aveugle encore. Là finit l'ordre des êtres simplement organiques. Il est aisé de comprendre par où et comment ceux de ces êtres doués de sensibilité et d'instinct se distinguent de ceux qui seulement végètent, bien que ces deux classes se lient Tune &

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