‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 151 sur 245 · LIVRE IVe. «-« CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IVe. «-« CHAPITRE V

11 en est ainsi non moins visiblement de celle des végétaux. Sans parler de leur reproduction par graine , il n'en est aucun qui ne se renouvelle ou ne puisse se renouveler indéfiniment par des parties détachées de lui-même , racines , tubercules , drageons , bourgeons , rameaux , feuilles , etc. , sans que la vie ait été interrompue un seul instant; car la greffe , par exemple , la bouture , la marcotte , représente non l'espèce , mais l'individu même dont on Ta détachée , avec tout ce qui le caractérise spécialement. Il est des steppes couverts de plantes dont les souches mères sont probablement aussi anciennes que le sol qui les nourrit. On ne connoît pour les arbres , au moins pour les exogènes , aucune cause naturelle de mort : ils peuvent croître indéfiniment , et il en existe , en effet, dont on a pu calculer l'âge , et qui remontent à l'époque de la dernière catastrophe de notre globe , c'est-à-dire , à environ cinq mille ans , et peut-être plus. Les arbres meurent donc de maladie, d'accident , mais non de vieillesse : outre qu'ils rajeunissent dans leurs rejetons , et cela encore indéfiniment.

Parmi les animaux , quelques madrépores ressemblent , dans leurs masses énormes qui forment des îles entières , à un seul animal croissant sans interruption , à la manière des plantes traçantes

qui se propagent d'une souche commune. D'autreâ espèces , comme les polypes , étendent leurs filets en divers sens par une sorte de végétation. Au bout d'un certain temps , ces filets , semblables en tout au tronc cl'où ils sortent, s'en séparent ; d'autres se séparent ensuite de ceux-ci , et tous ensemble ne sont que le prolongement, la continuation du même être et de la môme vie. Quelque chose d'analogue a lieu dans tous les animaux et dans les mammifères eux-mêmes. Durant un temps plus ou moins long, l'enfant n'est-il pas comme implanté dans le sein de la mère? Ne vit-il pas de sa vie? n'est-il pas elle en un sens très-vrai ? Le mâle et la femelle qui ont concouru à sa formation vivent donc en lui comme il vivoit en eux , et prolongent ainsi leur être de génération en génération , par un progrès sans terme assignable.

Toutefois cette sorte d'immortalité, quelque réelle qu'elle soit en un sens , n'empêche pas , en un autre sens , que tout être individuel ne soit , par cela seul qu'il est limité , destiné à finir un jour, cette loi est sans exception. Ainsi nul être organique, strictement conçu comme individuel, n'échappe à la destruction. Cette destruction, qui n'est pas la simple séparation de ses éléments étendus , a reçu un nom particulier , celui de mort , et la mort atteint , non pas la forme radicale de l'être ? le

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