LIVRE IVe. — CHAPITRE VII
de maladie. A ces deux états correspondent deux états analogues de l'amour , le plaisir et la douleur. L'homme , en tant qu'être organique , participe à ces modes d'existence ; mais , comme être libre et intelligent , il existe encore dans un autre ordre où l'état de l'intelligence et l'état de l'amour n'ont plus pour expression l'ordre ou le désordre organique , le plaisir ou la douleur , mais le vrai et le faux , le bien et le mal.
Lorsque l'homme se dégrade, c'est-à-dire descend de l'ordre de raison dans l'ordre de sensation , sa liberté s'affoiblit proportionnellement, parce qu'il passe sous l'empire des lois nécessitantes, et toute passion extrême détruit la liberté. Veut-on obtenir d'un animal une action conforme à la pensée de celui qui commande, on transforme pour lui cette pensée en sensation ; et il en est ainsi de l'enfant , tandis que , borné au simple développement organique , les lois de cet ordre prévalent en lui sur les lois de l'ordre plus élevé. Le peuple , sous bien des rapports, le peuple au moins tel qu'on l'a fait, ne sort guère de l'enfance, et c'est une des raisons pourquoi la police humaine , en tout ce qui tend à le maintenir dans l'ordre , agit sur lui par la sensation.
L'unité organique , dans les êtres de cet ordre , produit l'individualité. L'intelligence produit, dans
les êtres doués de raison , la personnalité , ou un mode supérieur de vie , totalement distinct et, dans son principe, indépendant de la vie organique.
De même que les lois de l'organisme prédominent dans les êtres organiques sur les lois de la nature brute, ainsi les lois intellectuelles et morales prédominent, dans l'être intelligent , sur les lois de l'organisme. Mais l'intelligence et la liberté étant essentiellement unies , la prédominance des lois intellectuelles et morales dépend de la liberté ou de l'usage que fait l'être intelligent de son activité propre ou de sa volonté. Dans l'être organique , les lois de l'ordre inférieur tendent sans cesse à prévaloir contre les lois de l'organisme ; et si elles prévalent en effet à quelque degré , il y a maladie ; si elles prévalent complètement , il y a moit. Les lois de l'organisme tendent aussi sans cesse à prévaloir, dans Têtre intelligent, contre les lois intellectuelles et morales , et si elles prévalent en effet à quelque degré, il y a dégradation , désordre; si elles prévalent complètement, il y a privation de la vie intellectuelle et morale. Et puisque le moi intelligent, qui constitue la personne , réagit contre les lois du pur organisme, il n'en dépend pas , et la personnalité , quoiqu'elle suppose l'individualité et ne puisse exister sans elle, a néanmoins un autre principe qu'elle,