LIVRE IV0. — CHAPITRE VII
En tant qu'être organique , l'homme naît et se développe comme tous les êtres de cet ordre. Mais , en tant qu'être intelligent et libre, il naît par une communication plus parfaite du Verbe , c'est-à-dire par la parole , se développe avec elle et par elle ; et, comme ce développement n'a par sa nature aucunes bornes assignables, non plus que le développement correspondant de l'amour, il ne sauroit être arrêté que par un acte de la volonté libre. Cet acte , qui arrête l'action des lois naturelles de l'être intelligent, et le constitue dans un état de désordre fondamental , est pour lui une véritable mort , puisqu'il l'empêche d'atteindre sa fin , et que la vie de tout être intelligent et aimant est progressive par son essence , parce qu'elle n'a d'autre terme naturel que l'infini.
L'être organique , lorsque la vie s'éteint en lui , perd tout ce qui le constituoit un être individuel , puisque son individualité résulte uniquement de l'unité organique. Mais la personnalité , ayant sa racine dans quelque chose de supérieur à l'unité organique , a ses lois propres qui prédominent sur celles de la pure individualité, de sorte que la dissolution de l'organisme n'entraîne pas la destruction de la personne , parce qu'un autre organisme, lié au premier qui en contenoit le germe, perpétue l'être individuel. Il vit, toujours le même,
280 Ire PARTIE.— DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
sous de nouvelles conditions extérieures d'existence. Il ne meurt pas, il se transforme. Chrysalide céleste , il dépose sa grossière enveloppe , pour en revêtir une plus parfaite.