LIVRE Ve. — CHAPITRE 1er. 2G
le Verbe manifeste éternellement. Et l'amour aussi existant alors à un degré de développement infini , puisque son développement correspond d'une intrinsèque nécessité à celui de la force et de la forme, ne seroit dès-lors que la vie infinie et rigoureusement une de l'Etre absolu.
Il y a donc dans l'univers développement perpétuel de la substance et de ses propriétés , et par conséquent développement des modes sous lesquels existent et cette substance et ces propriétés : donc développement de l'espace dans l'immensité ; développement du temps dans l'éternité , c'est-à-dire , développement de la Création toute entière en Dieu, pour atteindre , par le mouvement , et pour reproduire l'omniprésence ou la vie une et universelle , la vie infinie de Dieu.
Tels sont les phénomènes généraux qui se manifestent dans les différents ordres d'êtres , ordres dont les êtres individuels , selon leurs natures diverses , ne sont que les éléments. L'infini est le terme vers lequel tout tend , parce que le type éternel de la Création , tel qu'il existe en Dieu , est infini comme Dieu , et qu'en effet la Création n'est séparée et distincte de Dieu que par la limite. Mais , possible seulement par la réalisation de cette limite , et le fini étant dès-lors le mode d'existence (essentiel et nécessaire de tout ce qui est créé , il
264 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
s'ensuit que l'univers , en se développant toujours, ne peut néanmoins jamais atteindre le terme dernier de son développement , ou l'infini actuel.
Les lois générales de ce développement sont les lois générales de l'ordre qui tendent à reproduire et à conserver , parmi l'innombrable variété des êtres , l'unité primordiale des idées divines ; et ces lois se composent des lois propres de la force de l'intelligence et de l'amour ; de la force qui développe , de l'intelligence qui spécifie et coordonne , de l'amour qui unit et vivifie.
Il y a donc, sous différents modes, unité de lois dans la Création. Toujours les mêmes par leur essence, elles varient seulement selon l'état où la force, l'intelligence , l'amour , subsistent dans les divers êtres , ou selon le genre et le degré de limitation qui déterminent leurs natures respectives ; et les plus élevés de ces êtres , résumant en eux les natures inférieures , résument aussi leurs lois ; de sorte qu'en un certain sens on pourroit considérer le monde entier comme un être unique dans lequel toutes les natures , s'enchaînant harmoniquement ainsi que leurs lois,formeroient l'immense unité de la Nature universelle ; de même que les idées typiques des êtres , liées par des rapports éternels , forment l'unité infinie de l'intelligence divine ; et , si en effet il était possible que l'univers correspondît par-