LIVRE Ve.— CHAPITRE VIII
monde inorganique, par le son , mais le son modifié par une sorte de transformation qui oblige à lui donner un nom nouveau. Il n'est plus simplement le son , mais la voix ; et la voix , exclusivement propre aux êtres en qui l'unité individuelle est jointe à un principe d'activité spontanée , est l'expression de l'intelligence à l'état où elle existe en eux. Elle est , en quelque sorte , le retentissement de leur moi. Chaque espèce a sa voix différente qui se modifie dans chaque individu. Vague comme les sensations et bornée comme l'instinct 7 elle manifeste tout ce qui est au-dessous de la pensée sans jamais s'élever jusqu'à elle , le plaisir , la douleur , la convoitise , la répugnance , la crainte , l'impatience , la colère , et cette langue générale est entendue universellement. C'est surtout par elle , en tant qu'elle est l'expression de la sympathie , que s'établit parmi les animaux ce commencement de société aveugle qui se perfectionne dans un autre ordre. Elle correspond dans son développement à celui de l'intelligence exclusivement en rapport avec le réel , et la voix des animaux , à mesure qu'ils se rapprochent davantage de notre nature , produit , dans la partie de nous-mêmes qui appartient à l'ordre organique, des impressions sympathiques , en même temps qu'elle révèle à notre esprit ce qu'il y a de plus intime en eux,
294 lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
Sous ce dernier aspect , leur langage , divers dans les espèces diverses , est susceptible d'être étudié ; et Ton ne sauroit sans cette étude le comprendre qu'imparfaitement ; car , de même que chaque famille des êtres animés a sa voix , elle a aussi [sa langue , qui n'est qu'un dialecte de la grande et majestueuse langue de la Nature,