LIVRE Ve.— CHAPITRE XI. Sll
mier de ces ordres. Qu'y a-t-il , en effet , dans les êtres inorganiques? la force qui se manifeste par Tétendue et le mouvement, la forme qui se manifeste par la figure, l'attraction qui se manifeste par la pesanteur, et le calorique qui , quant au principe qui les constitue l'un et l'autre radicalement, ne diffère point de l'attraction. Or, qu'est-ce que l'étendue et le mouvement? la limite de la force et sa mesure. Qu'est-ce que la figure? la limite de la forme. Qu'est-ce que la pesanteur? la mesure de l'attraction ou la détermination de sa limite ; et il en est ainsi du calorique, dont les phénomènes, dans le monde purement physique, sont également déterminés par leur limite seule. La force, la forme, l'attraction et le calorique , appréciables seulement par leurs limites , ont donc , dans les êtres inorganiques, pour expression propre, le nombre; et la science de cet ordre d'êtres, considéré isolément, consiste , d'une part , dans la connoissance des faits particuliers obtenus au moyen des sens ou par l'ob servation, et, d'une autre part, dans la déduction des rapports qui lient ces faits entre eux , ou dans la connoissance des lois qui président à leur ensemble. La connoissance des faits est l'élément de la science ; la connoissance des lois est la science même ; et les rapports entre les faits observés n'étant, d'après ce qui vient d'être dit? o^ue des rajh
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ports d'étendue, de mouvement, de figure, de pesanteur, ou en général des rapports de quantité, il s'ensuit que les lois du monde inorganique ont aussi pour expression le nombre, ou sont des lois mathématiques. Mais on ne doit pas oublier, ce qui est le fondement sur lequel repose la réalité de la science mathématique elle-même , qui ne seroit sans cela qu'une pure abstraction , on ne doit pas oublier j disons-nous , que les lois, expression abrégée et générale des phénomènes , n'ont d'autre existence que celle des phénomènes eux-mêmes , c'est-à-dire , ne sont que ces phénomènes conçus par l'esprit dans leur universalité , et que le nombre ne seroit rien , s'il n'existoit pas en dehors de lui un support, lequel n'est autre chose que l'être véritable de qui il emprunte, en ce sens, tout ce qu'il a de réalité.
A Tégard des êtres organiques , comme à l'égard des êtres intelligents et libres, les fonctions du nombre , toujours uniquement relatives à la limite , se bornent à marquer des existences distinctes et des degrés de développement. Mais l'organisme , la vie , la pensée, la volonté, étant, dans leur unité essentielle ? en des rapports différents de ceux des corps bruts avec leurs limites , en des rapports qui ne se manifestent ni par l'étendue et le mouvement , ni par la ligure, ni par la pesanteur, il s'ensuit que le nombre n'en est pas l'expression, comme il ne l'est