DES MANIFESTATIONS DE L AMOUR
Ainsi qu'on l'a déjà dit plusieurs fois , l'amour ou le principe essentiel d'union existe à trois états appelés calorique et attraction dans le monde inorganique , vie dans le monde organique , et proprement amour dans le monde des intelligences. A ces trois états correspondent des manifestations diverses que nous devons considérer sous un double point de vue, en elles-mêmes et dans leurs relations avec les êtres capables de les percevoir.
L'attraction qui exprime dans ce qu'on appelle les corps ou dans l'ordre d'êtres dont le mode d'existence propre est l'étendue , les rapports de l'amour avec la limite , se manifeste par la gravitation ; car l'attraction est la cause réelle , mais invisible , insaisissable , et la gravitation l'effet par lequel elle est physiquement connue, le phénomène universel qui la révèle extérieurement. Elle produit la continuité, qui, liant les uns aux autres les êtres
520 ltô PARTIE. *• DE DÎÈU ET DE L*UNIVERS,
inorganiques , les ramène tous à l'unité , et le vide absolu qui seroit le néant ou ce qui n'est pas , est une contradiction évidente dans les termes mêmes.
Ce qu'est l'attraction à la limite de l'être 7 le calorique l'est à l'être même ,' ou , en d'autres mots, il est l'expression des rapports de l'amour ou du principe d'union avec ce que l'être a de positif ; d'où il suit , comme nous l'avons fait observer ailleurs , que , aucun être inorganique n'étant circonscrit dans l'unité individuelle , le calorique ne peut présenter dans cet ordre d'êtres que des phénomènes généraux. Ces phénomènes perçus par les êtres d'un ordre supérieur, prennent , dans leur généralité, le nom de chaleur, et la chaleur est en effet, pour les êtres capables de perception , la manifestation du calorique ou de la vie. Car, identique par son essence avec l'énergie première, le feu primordial, qui, selon des modes divers d'action, unit et vivifie tout , le calorique n'est que la vie même, et, quoique caractérisé en chacun d'eux par des différences relatives à leur nature spéciale , il anime également les mondes organique et inorganique.
Ces différences résultent primitivement de la forme , dans laquelle seule toute variété a sa cause effective. Ainsi les êtres inorganiques étant dépourvus d'unité individuelle saisissable pour nous , et
LïViiË V. — Chapitre Xùt %$i
le calorique qui est eh eux ne se manifestant dèslors que par les phénomènes généraux de Tordre purement physique , aucun de ces êtres ne diffère des autres à cet égard , quant à nos moyens d'appréciation , ou ne se distingue d'eux par une manifestation spécifique de sa vie propre ; et bien qu'ils n'aient pas tous la même capacité pour le calorique, ce qui prouve les différences respectives de leurs natures ou de leurs formes radicales , cependant , plongés dans le même milieu , ils en prennent tous uniformément la température, ou présentent tous le même degré de chaleur mesurable. Leur vie intime nous échappe donc en ce qu'elle a de spécial : dans chacun d'eux elle ne se manifeste à nous que parce qu'elle offre de commun dans cette classe d'êtres , et ses lois générales sont les lois physiques et chimiques du calorique.
Circonscrits , au contraire , dans l'unité individuelle, les êtres organiques et principalement les plus élevés , ont leur température propre , distincte de celle des corps environnants ou des milieux où ils sont plongés , et la chaleur qui se maintient en eux à un degré constant, malgré de foibles oscillations au-delà desquelles arrive la mort ou la dissolution de l'drganisme , est la manifestation de leur vie spéciale. Ils diffèrent encore des êtres inorganiques , en ce qu'ils possèdent le pouvoir interne de