LIVRE VI0. — CHAPITRE III
Le mode de production relatif à l'organisme s'appelle génération. Il offre une image moins éloignée de l'acte par lequel , dans l'Etre absolu , le Père engendre éternellement son Fils. En vertu d'une énergie qui lui est inhérente, l'être organique se reproduit lui-même dans un être semblable à lui. Il lui donne sa substance , sa force, sa forme propre, sa vie. Il est père comme Dieu est père , mais il ne sauroit accomplir sans un* moyen complexe ce grand acte de puissance; car il faut que ce qu'il tire de soi existe sous certaines limites, et par conséquent ait un double principe de détermination, l'un relatif à ce qui constitue l'être , l'autre à ce qui le circonscrit. De là ce qu'on nomme les sexes , nécessairement au nombre de deux , et uniquement de deux ; car tout être fini se composant de deux éléments d'essence diverse, l'un actif, l'autre passif; deux principes, l'un actif, l'autre passif, doivent concourir à sa production , et y concourir chacun suivant sa nature spéciale. Arrêtons-nous un peu sur un sujet d'une importance si grande, et considérons d'abord , sous ce nouveau point de vue , les êtres inorganiques.
Nous avons dit que l'affinité étoit leur mode de production , et rien de plus vrai , car la force générale qui opère leur développement ne produiroit jamais , sans l'affinité ou l'action propre de la forma
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essentielle , aucun corps déterminé. Cependant , comme elle est l'énergie primitive qui développe la forme ou réalise le corps , elle en est , en ce sens , le principe générateur, et la forme, qu'elle ne peut développer qu'en s'assujettissantà ses lois spéciales, détermine son action, et par là même détermine la limite du corps produit. Sous ce rapport , la force est donc, dans la production des corps , le principe actif, et la forme le principe passif., unis l'un à l'autre nécessairement par un troisième principe qui est leur vie commune, c'est-à-dire par le calorique, élément nécessaire de tout corps actuel.
Ce qui distingue la génération proprement dite de la production qui s'opère selon les lois de l'affinité, c'est que la vraie force génératrice réside dans un être existant déjà, dans un être individuel complet, qui se reproduit lui-même par l'exercice spontané de cette force. Elle est en lui le principe actif de la reproduction , qui ne peut néanmoins s'accomplir sans le concours d'un principe passif, lequel imprime à l'être , suivant les lois de sa iorme ou suivant sa nature, la limite qui le circonscru individuellement et le détermine sous ce rapport; car la force seule, nous le répétons, ne détermine rien. Ces deux principes actif et passif, subsistant sous les conditions particulières de l'organisme, constituent les sexes ; et les deux sexes peuvent être réu-