XXIV PRÉFACE
soit rigoureusement déterminée par les applications qui en sont faites aux différents problèmes qu'elle doit servir à résoudre; et sa valeur aussi dépend de ces applications. Car si les principes expliquent les faits, l$s faits vérifient les principes. Sans ceux-ci , point de science véritable ou de conception des causes ; sans ceux-là, une science incertaine, hypothétique et vide ; c'est-à-dire encore point de de science. La science réelle implique deux éléments inséparables, les faits et la raison des faits : supprimez l'un de ces éléments, M idée même de science s'évanouit.
C'est pourquoi les philosophies purement abstraites, qui ne s'incarnent point dans le monde réel , qui passent , pour ainsi parler , au-dessus des phénomènes sans les expliquer, nous paroissent des philosophies stériles et tout au moins suspectes dans leurs principes générateurs. Ce ne soni; guères que des thèses de logique, qui ne concluent à rien d'existant. Avons-nous fait mieux? Ce n'est pas nous qui pouvons répondre. On ne sauroit être, au reste, plus éloignés que nous le sommes de la folle
PRÉFACÉ. XxV
prétention d'offrir au public un travail ou complet, ou exempt d'erreurs. Il faut, dans l'ouvrage que nous soumettons à son jugement, distinguer deux choses, les bases générales et les détails <}ui s'y rattachent par voie de déduction. Les bases ne sont pour nous l'objet d'aucun doute ; notre esprit y adhère avec une entière conviction. Mais nous n'ignorons pas que cette conviction, quelque forte qu'elle soit, peut être erronée, qu'elle ne prouve rien, si elle n'est sanctionnée par la raison commune. Quant aux détails, il doit s'y trouver des erreurs plus ou moins nombreuses, erreurs de fait, erreurs de raisonnement ; car nul ne sait tout , et nul n'est infaillible.
La philosophie, dont l'humanité sent aujourd'hui le besoin, qu'elle attend avec impatience, ne sera point l'œuvre d'un seul, mais l'œuvre de tous. Si tous , en effet , ne concourent point directement à sa formation , tous en seront les juges par ce secret instinct, cette mystérieuse intuition qui caractérise le rapport du genre humain avec le vrai. Lorsque l'individu le proclame en le formulant, il n'est que