‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 223 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE IV. 3G · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE IV. 3G

dont il forme un élément constitutif , on le nomme calorique , et le calorique subsiste à deux états dans le monde physique , à l'état latent ou de combinaison stable, et à l'état de rayonnement, lorsque, se dégageant d'un corps par l'effet des changements qui surviennent en lui , il passe en d'autres corps. La sensation appelée chaleur révèle sa présence aux êtres organiques , et résulte de l'action qu'il exerce sur eux et du mode spécial de cette action. Or le calorique partout répandu est aussi partout en mouvement ; ses proportions varient perpétuellement , en de certaines limites , dans les différents corps ; il est donc perpétuellement reçu , donné , et c'est encore par cette communication de la vie propre des êtres inorganiques , que chacun d'eux se conserve. Suivant ce qu'on a fait observer déjà, les êtres de cet ordre croissent ou se développent par juxtaposition. Des molécules s'ordonnent autour d'un centre primitif qu'on ne sauroit originairement concevoir que comme une forme spécifiquement déterminée , mais inétendue encore ; et c'est parce qu'elle est inétendue , qu'elle peut , comme la pensée même , qui n'est non plus qu'une forme pure , se multiplier indéfiniment, sans cesser d'être une, et tout corps homogène n'est , en effet , qu'une forme unique indéfiniment multipliée dans les particules dont se compose ce corps , sous les condi-

tions de l'étendue, de la limite ou du réel. Unie par le calorique ou le principe de vie à la force expansive , elle commence d'exister dans le monde extérieur , et , si rien au-dehors ne s'oppose à son action , elle attire à soi , pour les ramener à son type constitutif, les formes plus simples qu'implique son essence , et qui , nécessaires à sa réalisation , obéissent à son affinité. Elle les dispose , elle les combine selon ses lois spéciales , de sorte qu'elles deviennent partie d'elle-même , que leur force est sa force et leur vie sa vie. Moins complexes dans leurs éléments , et , sous divers rapports , plus aisément assimilables , les fluides sont l'aliment naturel des corps concrets , en qui l'énergie propre de la forme produit la cohésion , seule unité des êtres inorganiques. Ils se nourrissent donc réellement , et se conservent et se développent par une mutuelle communication de tout ce qu'ils renferment , et leur décomposition n'est elle-même qu'un effet du mouvement générateur d'où résulte un flux perpétuel d'existences nouvelles.

Les êtres organiques se composent du principe spécifique de l'organisme , ou de la forme une qui constitue leur essence, leur nature, de Ja force qui développe la forme, et de la vie qui l'anime. Le développement de la forme s'opère au moyen de formes secondaires (me l'organisme s'approprie et qu'il mo^

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difie seioii ses lois , sans les soustraire entièrement à leurs lois premières. Par la combinaison de ces # deux ordres de lois , les éléments du corps organique participent à la fois de deux états divers. En tant qu'étendus, figurés, pesants, ils appartiennent au monde inorganique, et sont un des liens qui unissent ce monde au monde organique. En tant que modifiés par la forme supérieure et qu'associés à sa vie , ils appartiennent à l'organisme , qui demeure toujours rigoureusement un , de sorte qu'encore ici on retrouve, sous une nouvelle face , la variété dans l'unité. Cette unité primordiale est tellement essentielle à l'être orgahique , que tout élément qui s'en sépare retombe au même instant à l'état inférieur, désormais uniquement soumis aux lois du monde inorganique , bien qu'il conserve encore les modifications intrinsèques qu'il avoit subies sous l'influence de l'organisation et de la vie.

Doué d'un principe d'activité spontanée, l'être organique est dans un continuel mouvement , soit interne , soit externe , et par conséquent sa force tend à se communiquer sans cesse ; d'où il suit qu'il périroit si elle n'étoit pas sans cesse renouvelée. Il en est ainsi de la vie , laquelle est également reçue et donnée sans cesse , puisque la chaleur qui la manifeste est sans cesse donnée et reçue. Le corps organique éprouve aussi dans ses molécules élé-

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mentaires de perpétuels changements, c'est-à-dire, que perpétuellement il perd quelques-unes de ces molécules et en reçoit de nouvelles , se décompose et se recompose.

La force, la vie, l'organisation, seroient donc bientôt épuisées , détruites , si elles n'étoient incessamment réparées. Il faut donc que les êtres organiques, pour se conserver et se développer, se nourrissent et reçoivent du dehors une nouvelle force , une nouvelle vie, de nouveaux éléments de leur forme complexe.

Mais, en vertu de l'unité qui les distingue des êtres inorganiques , ils doivent avoir nécessairement un autre mode de nutrition. Et, en effet, ce n'est pas, comme ceux-ci, par juxta-position qu'ils croissent et se développent, mais par intus-susception , en élaborant, par une suite d'opérations vitales trèscompliquées et dépendantes de l'unité organique, la nourriture qui leur est propre ; et cette nourriture varie pour chacun, selon les rapports particuliers des formes élémentaires qu'ils doivent s'assimiler, avec leur organisme ou leur nature spéciale.

Qu'est-ce, en effet, pour eux que se nourrir? c'est se mettre en un certain genre de contact avec un corps inorganique, qu'ils soumettent aux lois de l'organisation et de la vie. Décomposé par leur action, il se sépare en deux parties, l'une des éléments

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