LIVRE VIe. — CHAPITRE IV
non assimilables, rebelles à l'action de l'organisme et qu'il rejette au dehors, l'autre des éléments qu'il s'assimile , en les identifiant à soi par une série de transformations régulières. Ainsi ramenés à sa nature, absorbés dans son unité, ce qu'il y avoit en eux de force et de vie devient sa force et sa vie propre. Il faut observer néanmoins que, comme les combinaisons chimiques ne s'opèrent qu'entre des formes dont les relations harmoniques en déterminent de semblables entre leurs affinités réciproques, les corps inorganiques, pour servir d'aliment à l'être organique, doivent avoir avec lui une certaine analogie précédente, sans quoi l'organisme, impuissant à les assujettir à ses lois , ne sauroit se les assimiler. En général, la plante seule, placée au degré le plus inférieur du monde organique , paroît se nourrir en partie d'éléments que n'a point encore modifiés l'organisation ; tandis que l'animal, plus élevé dans le même ordre, a besoin d'aliments qui soient le produit d'un travail organique antérieur. Cependant l'animal , de même que la plante , se répare aussi et se développe par l'absorption des fluides ambiants primitifs et secondaires ; car , dans ces fluides comme dans tout ce qui est , il y a de la force, il y a de la vie à un certain état, et des principes de formes; et les trois fluides primitifs, l'électricité, le calorique et la lumière ne sont même,
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nous le répétons, par ce qui constitue leur essence, que la force, la vie et la forme, telles qu'elles peuvent subsister et qu'on les peut concevoir avant leur spécification dans des êtres déterminés.
Nous venons de dire en quoi consiste la nutrition. Les lois par lesquelles elle s'accomplit sont les lois générales de la communication des propriétés , modifiées par les lois physiologiques de l'organisme et par les lois particulières relatives à la nature spéciale de chaque être.
En tant qu'être organique , l'homme se conserve et se développe comme les autres êtres organiques. Mais , en tant qu'intelligence libre, il se conserve et se développe comme il est né, c'est-à-dire, non plus suivant les lois purement physiologiques , mais selon les lois du monde intellectuel et moral , étroitement liées cependant aux premières , sans quoi l'homme ne seroit pas un.
Ici l'on doit remarquer une différence fondamentale entre l'être intelligent et l'être simplement organique. Celui-ci n'étant en rapport avec les propriétés générales de l'être qu'autant qu'elles sont actuellement limitées , c'est-à-dire variables , relatives , contingentes , ne peut les communiquer sans qu'elles ne diminuent, pour ainsi parler, en lui, proportionnellement au degré où il les communique. S'il cède de la force , il la perd ; du calo-