CHAPITRE V
cormriuÀTiopi du même sujet.
Dans ce que nous allons dire, on doit constamment présupposer l'intime union , l'unité radicale de l'être organique et de l'être intelligent ; de sorte que l'organisme , qui n'est pas le principe , la cause immédiate de l'intelligence , en est cependant une condition , parce qu'il est la condition fondamentale de l'existence. Les phénomènes intellectuels doivent donc se présenter toujours combinés avec les phénomènes organiques, et, bien qu'essentiellement divers, suivre, dans chaque individu , un ordre de développement correspondant au développement de l'organisme, et dès-lors présenter la même indécision, la même obscurité que ceux-ci à leur origine observable ; car tout commencement échappe à l'expérience : on ne le sauroit jamais saisir que dans sa cause première conçue par l'esprit. Mais, quelle que soit la dépendance réciproque de ces deux genres de phénomènes, on peut néanmoins les séparer par la pen-
$72 lté PARTIE. — DE DIEU ET DE L5UNIVERS.
sée , et , en ne tenant compte que de ce qui appartient à chacun d'eux considéré isolément, chercher et reconnoitre ses lois propres.
Naître, pour les êtres intelligents, c'est entrer en rapport direct avec l'immuable, le nécessaire , l'absolu, ou, en d'autres termes, c'est percevoir Dieu. Or, Dieu n'est visible ou intelligible que par la lumière qui resplendit des profondeurs de sa substance, que par son Verbe : donc c'est le Verbe qui leur manifeste Dieu , ou qui , s'unissant à eux , illuminant leur œil interne, les enfante à l'intelligence.
Mais les êlres créés ne peuvent voir Dieu , comprendre Dieu , comme il se voit et se comprend luimême, sans quoi ils seroient infinis comme lui. Limités essentiellement, le Verbe ne se manifeste, ne se donne donc à eux que sous une certaine limitation. Ce Verbe limité, et plus ou moins limité selon la nature des divers ordres d'êtres intelligents , est la parole propre de chacun de ces ordres d'êtres. Tous participent au Verbe divin , mais tous n'y participent pas également. Le même Verbe infini se communique à tous ; mais, en s'unissant à eux, il se limite en eux selon leur nature. Ce qu'ils voient par lui est infini , mais ils ne le voient qu'à un degré fini , et différent pour chacun , car il existe des degrés sans nombre dans la vision d'un même objet invariable. Le Verbe, en un mot, est la parole pure,