‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 227 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE V. 37S · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE V. 37S

infinie, par conséquent une : la parole des êtres créés renferme , au contraire , deux éléments , le Verbe qui en est l'essence , et une limite relative à la nature de l'être auquel il se communique ; c'està-dire, qu'en se donnant à chaque être, il prend en lui la forme propre de cet être.

Et comme le Verbe est essentiellement uni au Père et à l'Esprit, en participant au Verbe, l'être qui par lui naît à l'intelligence participe aussi au Père et à l'Esprit , à la puissance qui engendre perpétuellement le Verbe, à l'Amour qui procède du Verbe et de la Puissance, et qui est leur vie commune.

Puissance, intelligence, amour, voilà donc l'être créé comme l'Être infini , et l'être créé se conserve et se développe en participant toujours plus à l'Etre infini.

En cessant d'être exclusivement soumis aux lois du simple organisme , il acquiert la conscience progressivement plus nette et plus vive de l'état supérieur auquel il s'est élevé , de la puissance nouvelle survenue en lui , la conscience de sa pensée et de l'amour par lequel il s'aime nécessairement. Le moi personnel apparoît, d'abord passif ; la volonté ou le moi actif se manifeste ensuite : elle commande à la force interne et la dirige librement, parce qu'elle est intelligente, et d'autant plus librement qu'elle est plus intelligente.

374 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

Que si maintenant nous nous représentons dans son ensemble chaque ordre des êtres intelligents , nous reconnoîtrons que , plongés dans la pure lumière qui manifeste l'Etre infini et tout ce que renferme son éternelle et féconde unité , il existe pour eux, outre cette immédiate communication du Verbe, des communications secondaires , par lesquelles , mutuellement unis , ils se donnent ce qu'ils ont originairement puisé à la même source. Ainsi commence la vie intellectuelle , ainsi elle se dilate et se transmet. La parole limitée ou le Verbe propre de chaque ordre d'êtres , est le moyen extérieur par lequel ils s'enfantent les uns les autres à l'intelligence , et dès-lors aussi le moyen de leur conservation et de leur développement. Possédant tous la même puissance , la même intelligence , le même amour essentiel, sous le même mode de limitation, ils sont tous semblables , mais non égaux , car le degré de développement peut être divers en chacun d'eux. D'où il suit , premièrement , qu'il y a unité dans la nature et variété dans les individus ; secondement , que la nature étant relative à ce qui existe de fondamental dans l'être , c'est-à-dire , pour les êtres intelligents, à leurs rapports directs avec l'immuable , le nécessaire ", l'absolu , rien en eux ne correspond à l'immuable , au nécessaire , à l'absolu , ou au vrai essentiel , que ce qui leur est com-

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