LIVRE VIe. — CHAPITRE V
mun ou appartient à leur nature; troisièmement, que la parole , considérée dans sa généralité relativement à chaque ordre d'êtres , exprime en chacun sa nature spéciale et manifeste les phases successives de son développement ; quatrièmement, qu'elle est le moyen par lequel chaque être participe au développement commun. Elle lui communique , selon la mesure où il est actuellement capable de les posséder, l'intelligence, la puissance, l'amour, au degré où l'ordre d'êtres dont il fait partie les possède lui-même , et chaque individu se nourrit par cette communication de l'aliment qui lui est propre.
De semblables communications subsistent non seulement entre les individus de même nature dans chaque ordre des êtres intelligents , mais encore entre ces divers ordres , puisque , vivant tous du même Verbe essentiel 1 , de la même puissance, du même amour , il existe dès-lors entre eux des relations nécessaires et que la Création sans cela , dépourvue d'unité , ne correspondroit point , chose contradictoire , à son exemplaire divin. Mais , sur ce qui touche les êtres intelligents d'une autre na-
1 On aime ici encore à écouter la philosophie chrétienne s'exprimant par la bouche d'un de ses plus puissants génies : « Qui (Deus) vere « cibus est angelorum, quos Dei Verbum incorruptibiles incor- « ruptibiliter pasciû. » Saint August. Enarrat, in Ps. lxxvii, n. 17, Tom. IV, Oper. col. 826 .
576 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
ture que l'homme , il faut remarquer encore une fois qu'on est , quant au fait de leur existence , réduit à de simples conjectures fondées sur l'analogie , et , ce qu'on doit compter pour beaucoup , conformes aux instincts généraux et permanents de l'humanité. Nous pourrions vivre au milieu d'êtres de ce genre ? ils pourroient incessamment agir sur nous , sans que nous eussions aucun moyen de reconnoitre leur existence : il suffiroit pour cela qu'ils échappassent à nos sens grossiers, par la subtilité des éléments de leur organisation comparée à la nôtre ; car , en rapport par notre pensée avec le vrai , nous ne le sommes avec le réel que par nos sens ; en d'autres termes, la pensée seule découvre les essences incréées ou les vérités immuables dans l'infini qui les contient toutes : les sens perçoivent seuls , ou , pour parler plus exactement , déterminent seuls la perception des réalités actuellement existantes hors de Dieu. En admettant donc qu'il existe des êtres au-dessus de l'homme , et qui , par la perfection même de leur organisme se dérobent à ses sens , il y aura nécessairement entre eux et l'homme des relations , des communications quelconques, mais inconnues de lui, quant à leur mode et leur origine. Lorsque le Verbe , en effet , est communiqué par l'être d'un ordre supérieur à l'être inférieur , il ne peut être reçu de celui-ci que d'une