CHAPITRE VI
DES LOIS GÉNÉRALES DE L INTELLIGENCE , DE L AMOUR ET DE LA FORGE, OU DES LOIS GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ DES ÊTRES INTELLIGENTS.
Tout être créé étant limité nécessairement , tout être créé existe sous les conditions de l'organisme. S'il n'étoit doué d'organisation, il manqueroit de quelques-uns des éléments essentiels qu'implique la notion d'un être réel et complet , on ne le concevroit que comme une pure idée. De plus , à raison de l'unité de l'univers et des communications qui lient entre eux les différents ordres d'êtres , tout être intelligent est en rapport avec les mondes inférieurs où le variable, le relatif, le contingent se manifestent seuls. Ces rapports sont divers sans doute, selon la nature plus ou moins élevée de l'être intelligent; mais toujours ont -ils quelque ressemblance et quelque analogie avec ceux qui nous lient nousmêmes à ces deux mondes. Et comme ces derniers rapports , relatifs à notre nature particulière , sont les seuls que, dans notre état actuel, nous puissions
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connoître explicitement, et qu'une simple différence de mode ou de degré, ne changeant pas l'essence des choses , ne change point non plus leurs lois générales, nous prendrons l'homme pour point de départ en recherchant les lois de l'intelligence, certains qu'elles sont les mêmes , en ce qu'elles ont de fondamental , pour tous les êtres créés, quels qu'ils soient.
Les lois de l'intelligence se divisent en deux branches, relatives, l'une au moi passif, l'autre au moi actif. Ce que l'être intelligent perçoit d'abord dans la lumière du Verbe, c'est la souveraine unité dont elle est la splendeur. Il en a la vision, incomplète sans doute , mais réelle , et tout ce qui peut être vu de l'esprit est compris dans cette première vision de ce qui comprend tout. Il perçoit ensuite successivement ce que l'Être infini renferme de distinct , les idées éternelles et leurs relations également éternelles, et il les perçoit d'autant plus clairement, et en plus grand nombre , que, organiquement mieux conformé d'ailleurs, de sorte que ses facultés internes n'éprouvent aucun obstacle physique à leur développement normal , son union au Verbe qui l'illumine intérieurement est plus parfaite. Ainsi une lumière plus abondante découvre à l'œil de chair ce qui auparavant lui étoit obscur ou caché. Ces perceptions, reçues et conservées dans le moi, y pro-
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(luisent la conscience que l'être a de lui-même comme intelligent ; et les perceptions du réel ou de Ja Création, contingente essentiellement, reçues aussi et conservées dans le même moi central , y produisent pareillement la conscience qu'il a de lui-même comme être organique.
L'invariable, le nécessaire, l'absolu, en un mot, l'infini , dans ses rapports avec l'intelligence qui le perçoit , est le vrai , ou ce qui est et ne sauroit ne pas être. Le variable, le relatif, le contingent, en un mot, le fini , pouvant ne pas être , et n'ayant d'existence qu'autant qu'il est actuellement réalisé dans un être individuel , premièrement , n'est pas l'objet propre de l'intelligence, qui n'aperçoit, parles facultés qui la constituent radicalement, que les pures essences éternellement subsistantes en Dieu ; et secondement , dès-lors ne correspond pas à la notion précise et rigoureuse du vrai. Le vrai est un et universel , le contingent multiple et individuel. Il n'arrive à l'esprit que par l'intermédiaire des sens, et modifié par eux selon les différences de l'organisation. Donc le contingent ou le réel manque des deux caractères d'unité et d'universalité. Le vrai, au contraire, est le même pour toutes les intelligences, ou ce qu'il y a de commun dans les êtres intelligents,
[ce que le Verbe, la lumière divine, leur découvre à tous également dans l'unité de l'Être infini.
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Ainsi la première loi de l'intelligence , dérivée de l'essence même du vrai , est que nul être intelligent ne sauroit , comme tel , naître et se conserver qu'en participant à la vérité une et universelle , ou à ce qu'il y a de commun dans tous les êtres intelligents, lesquels , unis extérieurement par la parole relative à leur nature, et intérieurement par le Verbe infini qui , à quelque degré qu'il se communique , est le même en tous , forment dès-lors , dans l'unité de ce même Verbe, une société dont il est le principe, le lien, le chef éternel et immuable ; et, hors de cette société , nulle raison , nulle vie intellectuelle. Or, puisqu'elle n'est à son origine qu'une simple perception dépendante d'une cause externe, perception semblable à celle que l'œil reçoit des objets extérieurs sitôt que la lumière physique les lui manifeste , l'être intelligent est purement passif dans son rapport avec l'acte qui lui donne la vie , et l'établit en société avec les autres êtres intelligents. Et, en effet il est nécessaire que le moi naisse avant d'agir, qu'il soit avant d'être agissant ; mais il n'est pas plutôt qu'il commence à agir, parce que l'activité est de son essence.
Son action s'exerce sur tout ce que renferme le moi passif. Le moi donc, le moi actif est le principe interne du développement de chaque être , c'est-àdire, qu'en comparant, combinant les idées par la