‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 231 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE VI

réflexion , il tâche d'en découvrir les rapports , et même d'en acquérir de nouvelles , en pénétrant , pour ainsi parler, plus avant dans l'Être infini, par la force intellectuelle qu'on nomme attention. En un mot il tend à une possession plus étendue , à une connoissance plus parfaite du vrai.

De là les lois de l'intelligence dans ses rapports avec le moi actif. Trouvant à la fois dans le moi passif l'immuable , le nécessaire , l'absolu et le variable, le contingent, le relatif, il faut qu'il sépare l'un de l'autre, ou qu'il dégage ce qui a son principe dans l'organisme de ce qui correspond à des facultés d'un autre ordre et plus élevées : sans quoi , au lieu de saisir le vrai , il tomberoit dans le faux ; car le faux ou l'erreur consiste uniquement à confondre l'immuable avec le variable , le nécessaire avec le contingent, l'absolu avec le relatif. En effet, l'être qui n'est en rapport qu'avec le variable , le contingent, le relatif, par cela même est dépourvu d'intelligence ou privé du vrai : donc confondre l'immuable, le nécessaire, l'absolu avec le variable , le contingent , le relatif , c'est altérer le vrai ou diminuer l'intelligence , et le dernier terme de l'erreur , s'il étoit possible d'y arriver , seroit le retour complet à l'état purement organique, ou la transformation de la connoissance véritable dans la simple perception du réel.

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Mais séparer l'immuable, le nécessaire , l'absolu, du variable , du contingent , du relatif , dégager ce qui correspond à l'intelligence pure de ce qui n'a de relation immédiate qu'à l'organisme , qu'est-ce autre chose que se soustraire à l'influence du principe constitutif de l'individualité? Or l'individualité étant , à un degré quelconque , essentielle à tout être limité , puisqu'elle résulte de sa limite même , nul être ne peut ni s'affranchir entièrement de son influence , ni s'assurer qu'il s'en est actuellement affranchi dans tel acte particulier. Donc nul être ne sauroit s'assurer pleinement par soi-même de la vérité de ce qu'il a découvert , ou cru découvrir par son moi actif dans le principe infini qui renferme en soi les essences éternelles de tout ce qui est et de tout ce qui peut être.

Cependant la cause d'où provient l'erreur , n'ayant de relation qu'à l'individualité, la certitude que l'être organique et intelligent ne sauroit trouver en soi , il peut la trouver hors de soi , c'est-à-dire dans la société. Car , l'individualité étant incommunicable , si les idées communiquées par la parole aux autres êtres intelligents produisent sur eux la même impression, entraînent également leur adhésion d'une manière constante , il sera sûr dèslors qu'elles appartiennent à la vérité une et universelle , qui est la même dans tous les êtres capables

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