‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 232 sur 245 · LIVRE VIe. — i CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — i CHAPITRE VI

de la percevoir ; d'où il suit que le caractère de la vérité est immuablement un comme la vérité ellemême.

La conséquence de ce qu'on vient de dire , est que la loi générale de l'intelligence dans son rapport avec le moi actif , ou la loi de son développement en chaque être particulier , consiste , d'une part , à s'efforcer , par un continuel travail d'attention , de mieux voir et de voir plus , et , d'une autre part , à combattre sans cesse l'influence du principe interne d'individualité , ou à se rendre le plus possible indépendant de l'organisme , en ce sens que , s'il est la condition physique des actes intellectuels , il tend à en altérer les résultats , en reportant toujours dans le vrai quelque chose du réel * , et qu'ainsi l'on doit être perpétuellement en garde contre ce qui procède de lui dans la recherche du vrai absolu et immuable. Il est clair , en effet , que les différences d'organisation étant ôtées , on ne concevroit pas la possibilité que les perceptions de ce qui est essentiellement invariable en soi pussent en offrir aucune.

Du développement particulier de l'être indivi-

1 Qu'on essaie, par exemple, de concevoir l'idée pure de sphère, rigoureusement dégagée de toute image d'une sphère réelle ou déterminée, et l'on verra combien il est tout au moins difficile de séparer entièrement la perception du vrai qui constitue l'intelligence, de la perception du réel qui a son principe immédiat dans l'organisme. tome i. 25

386 Ife PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

duel , naît le développement commun ; car la réalité des connoissances acquises dépendant de la vérification qui en est faite par les autres êtres , ils y participent nécessairement , en même temps qu'ils en constatent la certitude par leur assentiment ; de sorte que , de l'activité faillible de chaque être , résulte une activité commune et infaillible de l'universalité des êtres du même ordre , cause permanente du progrès social , lequel peut encore être aidé par les communications perpétuelles qui unissent entre eux et à la raison essentielle et infinie , au Verbe divin , les différents ordres d'êtres.

Le bien est l'objet de l'amour, comme le vrai est l'objet de l'intelligence , et le vrai et le bien ne sont qu'une même chose , ne sont que l'Etre absolu considéré dans ses rapports avec le Verbe qui le manifeste , et avec l'Esprit qui le vivifie. Dès que le Verbe est communiqué , l'Esprit aussi est communiqué , et l'amour apparoit avec l'intelligence. Or l'infini , dans son essence une , étant ce que l'être intelligent perçoit d'abord par l'efficace du Verbe divin qui l'illumine intérieurement, l'infini, objet premier de la pensée naissante , est également le premier objet de l'amour , de sorte que , par le fond de leur être, toutes les créatures intelligentes tendent vers Dieu. Car on ne sauroit aimer sans connoître, ni connoitre sans aimer, et l'amour suit, dans

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