‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 233 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE VI

son développement, le développement de la connoissance. A la pure et simple perception de l'infini rigoureusement un , succède la perception de ce qu'il renferme de distinct , des exemplaires éternels des choses , des idées nécessaires et de leurs rapports nécessaires pareillement ; de la même manière que l'esprit , par une attention progressive j individualise , pour ainsi parler , en lui-même en les considérant séparément , les objets perçus d'abord confusément tous ensemble dans la première vue du monde physique extérieur. L'amour s'attache à ces idées qui , perçues par l'être , sont cet être lui-même en tant qu'intelligent, c'est-à-dire qu'il s'aime selon tout ce qu'il est , dans ce qu'il y a en lui de plus élevé , et cet amour est sa vie , et cette vie est encore un écoulement de la vie divine. Mais en s'aimant qu'aime-t-il? Ce qui lui est commun avec tous les autres êtres intelligents 7 le vrai par son essence un et universel ? Il y a donc entre eux unité d'amour comme unité d'intelligence , ou société parfaite , dans laquelle la vie n'est en chacun qu'une participation à la vie de tous et à la vie de Dieu même. Ainsi la première loi de l'amour correspond rigoureusement , comme l'on conçoit qu'il est nécessaire , à la première loi de l'intelligence.

Mais le vrai ou l'immuable , le nécessaire , l'ab-

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solu , n'existant pas seul dans chaque être qui , par le principe de l'individualité est en relation avec le variable , le contingent , le relatif , chaque être , en tant qu'individuel , a une autre vie propre ou un autre amour correspondant à cette partie de luimême , l'amour aveugle, lequel n'a dans l'individu d'autre objet, d'autre terme que l'individu même. Cet amour, pardequel l'être rapporte nécessairement tout à soi , est en opposition avec l'amour plus élevé par lequel l'être ne s'aime et ne vit que dans le tout social , et par conséquent la vie organique combat perpétuellement , sous ce rapport , la vie morale et intellectuelle. Donc , pour que l'être intelligent conserve et développe cette dernière vie , il faut que , par son moi actif , il résiste à l'attrait qui l'entraîne vers le variable , le contingent , le relatif, qu'il domine la sensation ou s'affranchisse le plus possible de l'individualité qui résulte de l'organisme , pour développer sa vie dans l'unité de la vie sociale. Donc la seconde loi de l'amour est la subordination , ou le sacrifice de soi , en tant qu'être individuel , à la société. Car la vie propre de l'être intelligent est proportionnée au degré où il a accompli ce sacrifice , et elle seroit parfaite si , dans les limites déterminées par l'ordre universel , il étoit possible complètement.

La puissance ou la force étant, comme on l'a dit,

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