LIVRE VIe.— CHAPITRE VI
assujettie à la volonté dans l'être intelligent , les lois de la force ne sont pour lui que les lois de la volonté. Or, les lois de la volonté résultent visiblement des lois de l'intelligence et de l'amour ; leur objet général est la réalisation du vrai et du bien et leur développement régulier , ou la conservation des êtres. De là deux lois de la volonté relatives à l'intelligence ; premièrement , elle doit tendre à maintenir l'être dans l'unité sociale conservatrice du vrai, et qui seul lui imprime le caractère extérieur et dernier, auquel on peut le reconnoitre certainement ; ou, en d'autres termes, soumettre pleinement la force qu'elle dirige aux lois générales de l'intelligence dans son rapport avec le moi passif.
Secondement, tendre sans cesse à exercer et à développer cette même force selon les lois générales de l'intelligence dans leur rapport avec le moi actif, c'est-à-dire , à pénétrer de plus en plus dans l'Etre infini que nous découvre la lumière du Verbe, afin de percevoir toujours mieux ce qu'il renferme de distinct, les essences éternelles, les idées immuables et leurs relations également immuables, et pour cela soustraire , autant que possible , la force qui opère le mouvement intellectuel et les résultats de son action à l'influence du variable , du contingent , du relatif ou de l'individuel , en coordonnant l'exercice
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de cette force interne à la loi de l'unité et de l'universalité, qui est la loi fondamentale du vrai. Bref, elle doit diriger la force de telle sorte que l'un et l'universel soit tout ensemble le point de départ, la règle et le terme de son activité.
La société des êtres intelligents et libres repose sur ces deux lois de la volonté , et cette société est plus ou moins parfaite , selon qu'ils y obéissent plus ou moins parfaitement; car, par la première de ces lois , l'esprit s'assure la possession stable du vrai déjà connu, et par la seconde il en développe en soi la connoissance, et tout avancement, tout progrès dérive de celui-ci originairement.
Les lois de la volonté, dans leurs rapports avec celles de l'amour, consistent en général à placer et à maintenir la force dans la direction du bien , c'està-dire , premièrement , à lui imprimer une tendance sociale ou conservatrice de la véritable vie de l'être intelligent , de la vie une et universelle ; secondement, dès -lors à l'affranchir de la domination de l'amour inférieur aveugle, qui, relatif au pur organisme, a l'individu pour centre et pour terme. En un mot, la volonté doit, dans cet ordre encore, subordonner le variable, le contingent, le relatif, à l'immuable, au nécessaire, à l'absolu, ou réaliser par la force, par la puissance productrice des actes, le sacrifice de ce qui est simplement individuel à ce