‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 237 sur 245 · LIVRE VIe.— CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VIe.— CHAPITRE VII

existent sous une condition qui leur est propre , et cette condition est j pour les êtres inorganiques , la dissolution, et, pour les êtres organiques, la mort : car tout ce qui est limité dans l'espace est limité dans le temps, et la permanence absolue offre d'ailleurs une idée contradictoire avec le variable , le contingent , le relatif.

Que les êtres inorganiques se dissolvent et finissent nécessairement par la dissolution , c'est la conséquence inévitable du mouvement sans cesse engendré par la force. Car si tout est mu, tout change, tout périt , tout se renouvelle , et la production , la destruction ne sont que le même fait envisagé sous deux aspects divers. Les lois de la dissolution des êtres inorganiques sont donc identiques avec les lois de leur formation , un composé ne pouvant être dissous que les mêmes causes qui le dissolvent n'en forment un autre, ou plusieurs autres.

Tout être organique a dans le temps une durée que détermine sa nature , laquelle n'est que sa forme intime unie à la force et au principe de vie qu'elle assujettit à ses lois spéciales. Si une cause quelconque en trouble l'harmonie , s'il survient , à un certain degré, disproportion de force ou disproportion de vie , ou que l'une ou l'autre soient distribuées d'une manière anormale , si enfin l'organisme est fondamentalement attaqué dans ses élé-

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ments étendus , la mort arrive nécessairement , puisque l'être ne subsiste que par cette proportion entre les propriétés qui le constituent. Si rien n'en dérange l'harmonie , il atteindra le terme naturel de sa durée, et la mort, à laquelle il ne sauroit échapper en aucun cas, aura pour cause la décroissance progressive et simultanée de ces trois éléments essentiels de tout être. Pendant cette décroissance et à mesure qu'elle s'opère , les lois des êtres inorganiques, pleinement soumises d'abord aux lois de l'organisme, leur opposent plus de résistance, et tendent à reprendre l'ascendant. Toujours décroissant , la force s'éteint , la vie s'éteint , et dès-lors les molécules étendues de l'organisme repassant sous les lois de l'ordre inférieur auquel elles appartiennent , le corps se dissout , et il ne reste plus rien de cet être que la substance qui ne périt pas , et la forme qui redevient uniquement ce qu'elle étoit avant qu'il fût né ; et comme la force , la vie ont passé en d'autres êtres , il n'y a point eu de destruction réelle et rien n'est mort que l'individualité.

L'inévitable nécessité de mourir résulte , pour les êtres organiques , des lois universelles de la vie même. Car la vie implique , avec le mouvement , un développement non indéfini , mais déterminé par la nature de l'être. Cette limite atteinte ,

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