‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 238 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE Vil

le mouvement interne , rétrograde désormais pour ainsi dire , ne peut plus produire qu'un effet inverse, et à la période d'accroissement succède, par des causes identiques , la période de dépérissement. Les mouvements organiques d'ailleurs ont pour fin primitive et dernière d'opérer la transformation d'éléments fluides en éléments solides ; sans quoi le corps ne pourroit se former ; et , d'une autre part , ce même corps suppose une proportion donnée de fluides et de solides , et dans ceux-ci un degré de solidité au-delà duquel ils cessent d'accomplir , ou accomplissent mal leurs fonctions. Les énergies radicales auxquelles l'organisme doit son développement , tendent donc à le détruire , après un certain terme , par la continuité même de leur action.

Les êtres intelligents ne se distinguent pas à cet égard des êtres rélégués dans l'ordre inférieur. Leur organisme aussi, après une certaine durée que déterminent des causes purement physiologiques , subit une décadence dont la mort est le terme. Mais , en relation par ce que leur nature renferme de plus élevé , avec le vrai infini , le bien absolu , tendant sans cesse à se développer dans la connoissance de l'un , dans l'amour de l'autre , ou dans la jouissance de tous deux , et , quel que soit le degré de leur développement actuel , aspirant toujours à

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s'y développer davantage, il existe ainsi au fond d'eux-mêmes un principe d'extension indéfinie hors de l'espace et du temps , et , par conséquent , ils n'ont sous ce rapport aucunes limites naturelles dans le temps et l'espace. La mort ne sauroit donc atteindre en eux que ce qu'ils ont de commun avec les êtres en relation seulement avec le fini , sans quoi leurs lois seroient contradictoires : de sorte qu'en réalité ils ne meurent point , ils se transforment , ils dépouillent une enveloppe pour en revêtir une autre plus parfaite , leur vie impérissable se perpétue sous des conditions organiques nouvelles. On peut même aisément concevoir que, pour plusieurs d'entre eux et finalement pour tous, la mort perde jusqu'à l'apparence de destruction qui nous la rend si hideuse et si redoutable , et la nature en offre des exemples à des degrés même très-inférieurs de l'échelle des êtres. Pourquoi , en effet , dans l'organisme destiné à se dissoudre , ne s'en formeroit-il pas un nouveau , qui , se développant peu à peu, apparoîtroit brillant de jeunesse, au moment où le premier céderoit à l'effort du temps qui use tout? S'il n'en est pas ainsi pour l'homme en son état actuel , ce n'est pas vraisemblablement que sa loi de transformation soit différente , mais parce que , dans son résultat , cette transformation échappe à nos sens grossiers, Lorsqu'elle s'opère,

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