LIVRE VIe. — CHAPITRE VIF
l'être transformé entre aussitôt en un autre genre de relations avec l'univers , relations plus étendues, plus intimes , dont nous ne saurions nous faire aucune sorte d'idée , ayant pour moyen un organisme qui maintenant n'est pas le nôtre. Objet de la pensée pure , le vrai nécessaire , absolu , est immuablement le même pour tous les esprits : mais les modes variés de percevoir et de sentir le réel , essentiellement relatifs à l'organisation et divers dèslors pour chaque organisation diverse , sont à l'égard des autres comme s'ils n'étoient pas.
Les êtres dépourvus d'intelligence épuisent, dans leur courte durée, la série entière du progrès dont ils sont susceptibles. Chacun d'eux représente l'espèce, ne sauroit sortir de la sphère qui lui est assignée, et l'espèce n'est pas perfectible: chacun d'eux n'a donc pas en soi. le germe d'un développement ou la raison d'une existence indéfinie. Et c'est parce que l'homme sent en soi ce germe, c'est parce qu'il aspire incessamment , nécessairement , à quelque chose qu'il ne possède pas encore, c'est parce que rien de ce qui lui est accessible ici-bas ne rassasie ses désirs, ne satisfait pleinement l'instinct inné de sa nature, que partout et toujours il a vécu sous la domination d'une foi invincible à une existence future , ou à la continuation indéfinie, dans un organisme nouveau et profondément modifié, de son exis-
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tence présente. Qui ne reconnoitroit pas là un indice certain, une révélation permanente de ses destinées à venir, devroit, après avoir expliqué cette foi si extraordinaire par sa persistance et son universalité, montrer encore comment il seroit possible qu'il existât, pour les êtres réalisés hors de Dieu, des limitations , non-seulement que Ton ne conçoit pas dériver de leur essence, mais que Ton conçoit clairement incompatibles avec leur essence.
Quoique la Création, nécessairement finie, ne manifeste Dieu qu'imparfaitement, elle le manifeste selon tout ce qu'il est, car elle est comme lui substance, force, intelligence ou forme, amour ou vie. Par une perpétuelle évolution dont la force est le principe, les formes successivement engendrées s'enchaînent, se combinent suivant un ordre de développement relatif à une fin qui n'est autre que la reproduction de la forme divine elle-même, une, infinie, et, dans son unité, animée d'une vie également une et infinie. Chaque être occupe sa place et remplit sa fonction dans cette œuvre vivante de la Toute-Puissance. Depuis l'atome fluide qui flotte dans l'espace jusqu'à la plus parfaite des natures intelligentes, tous concourent, qu'ils en aient ou non la conscience, à cette évolution progressive, et, en y concourant, tous s'élèvent, tous participent, dans une mesure continuellement croissante , au bien