LIVRE VIe. — CHAPITRE VIII
de leurs lois , conduit à concevoir la lin pour laquelle ils existent.
En traitant un sujet si vaste , nous avons dû , n'en parcourant que les hautes sommités , négliger les détails , qui , par leur multitude dans laquelle l'esprit se seroit bien vite égaré , auroient rendu presque impossible une vue nette de l'ensemble. Si nos idées premières , d'ailleurs , sont aussi vraies qu'elles nous le paroissent , tout le reste de proche en proche en sort de soi-même par une naturelle conséquence. Les conceptions s'engendrent l'une l'autre , suivant un ordre régulier de filiation , comme les êtres eux-mêmes dans la genèse divine.
Plus on y regardera de près ; plus on se convaincra que , dans son unité collective , l'humanité possède un infaillible instinct , une faculté native d'intuition directe , en vertu de laquelle , selon des lois dont nous parlerons en un autre lieu , elle découvre le vrai bien plus sûrement que par le pénible travail du raisonnement , que par les procédés logiques. Dépouillez en effet les croyances générales de tous les temps des symboles divers et variables dont l'imagination les a revêtues , de la poésie qui en voile le fonds et le déguise souvent aux yeux inattentifs , vous en admirerez l'immuable uniformité. Partout et toujours le genre humain a cru à Dieu et à l'univers , à Dieu auteur de l'unie
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vers , à l'univers œuvre de Dieu et distinct de lui. Partout et toujours il a cru Dieu présent à son œuvre , la pénétrant de sa force et de son énergie plastique , ranimant de sa vie ; et celte croyance impérissable contient en germe toute vérité.
La philosophie , au contraire , cherchant à concevoir la croyance \ s'est égarée en s'en écartant , sans néanmoins parvenir jamais , nous ne disons pas à la détruire , mais à l'ébranler dans la raison et la conscience universelle. Quelles qu'en soient d'ailleurs les différences secondaires , ses systèmes , sous le point de vue où nous les considérons en ce moment , peuvent être réduits à deux (car l'athéisme n'est qu'un non-sens), le déisme que nous définirons tout à l'heure , et le panthéisme où aboutit la théorie stoïcienne d'une matière éternellement coexistante avec un esprit qui l'informe • et que les anciens appeloient ïâme du monde.
Le panthéisme n'admet qu'un seul être véritable, réellement et individuellement existant , l'Etre infini, nécessaire, éternel. Tous les autres, simples apparences , simples illusions d'êtres , ne sont que des modifications internes de lui-même, des pensées qui ne subsistent que dans son entendement , de purs phénomènes qui expriment ce qu'il est , et dans lesquels , fau sein de son repos, de son im-