‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 243 sur 245 · LIVRE VIe. — CHAPITRE VIIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE VIe. — CHAPITRE VIIÏ

mobile éternité , il se contemple intérieurement. On s'étonne d'abord d'une conception si fort opposée au plus invincible instinct , et cependant il est vrai qu'une incomplète idée de la substance , prise pour point de départ , y conduit logiquement sans qu'on puisse l'éviter.

Nous appelons déisme le système dana lequel , admettant la création de l'univers distinct de Dieu , on suppose , qu'en le créant ; Dieu a tiré du néant ou fait de rien une ou plusieurs substances nouvelles, et que la substance créée, douée de propriétés qui lui sont inhérentes , produit d'elle-même , sans le concours de Dieu , sans action de sa part , tous les phénomènes du monde matériel et intellectuel , en vertu de certaines lois qui règlent fatalement l'opération nécessaire et continuelle des causes secondaires. Ce système, comme on le voit, après avoir en quelque sorte introduit Dieu à l'origine des choses , pour lui faire accomplir un seul acte que lui seul pouvoit accomplir, le relègue ensuite et à jamais hors de son œuvre , qui désormais se suffit à elle-même , se développe et vit de soi , subsiste par soi.

L'instinct humain ne répugne pas moins invinciblement à cette théorie qu'au panthéisme. L'humanité entière croit, a constamment cru à une action providentielle et permanente de Dieu dans

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l'univers, à sa présence au sein de son œuvre. Et encore ici l'instinct s'est montré incomparablement supérieur à la spéculation philosophique ; car il es vrai qu'en tout ce qui existe il y a quelque chose de Dieu, ou, pour mieux dire, que tout ce qui existe reçoit de Dieu , emprunte de Dieu ce qu'il possède de réalité, sa substance, ses propriétés qui, dans la plus stricte rigueur du mot, ne sont qu'un écoulement, une participation et des propriétés et de la substance divine. Et dès-lors les lois des êtres créés ne sont non plus que les lois de Dieu modifiées seulement en chacun de ces êtres, selon sa nature spécifique. D'où cette féconde et belle conséquence, que les êtres finis n'étant qu'un reflet, une image substantielle, quoique imparfaite de l'Etre infini, leurs lois fondamentales n'étant que les lois de l'Etre infini, ils ne forment tous qu'une grande unité, qui a son principe et son terme dans l'unité de Dieu même. C'est certes une noble et pure, et ravissante joie pour l'esprit, que de contempler dans leur ensemble ces magnifiques harmonies des choses. Cependant la pensée ne doit pas se reposer immobile sur ces hauteurs , d'où l'innombrable variété des phénomènes de la Création échappe à la vue. La connoissance de ces phénomènes et de leurs lois spéciales forme une des parties, et la plus vaste de la philosophie, L'application de ses principes à l'universa^

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