‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 30 sur 245 · LIVRE 1er. — CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — CHAPITRE Ier

et donne une base fixe aux jugements; cette loi fondamentale de l'intelligence , qu'il est, nous le répétons, contradictoire de prétendre déduire d'une connoissance , d'un principe quelconque antérieur à elle-même, doit être posée et reconnue comme un fait primitif de la nature humaine où elle a sa racine. Et pour peu qu'on y réfléchisse , il est aisé de voir qu'il n'en sauroit être autrement. Car affirmer, qu'est-ce , sinon déclarer qu'actuellement on croit? et croire, qu'est-ce, sinon vivre de la vie propre de l'être intelligent? La loi de l'affirmation dépend donc de la loi de la vie , dans cet ordre supérieur d'existence, et se confond avec elle dans une source commune. Or la vie est un fait, rien de plus, et le premier fait que suppose toute activité : car il faut vivre pour agir, et si un être pouvoit en ce sens se séparer de soi-même, il pourroit se créer.

11 suit de là que la règle de l'activité intellectuelle , ou la loi de l'affirmation considérée comme fait permanent, doit être universelle comme la vie , comme l'intelligence, comme l'homme même.

Examinons ce qui se passe en lui lorsqu'il affirme , et ce que ce mot affirmer renferme dans sa notion.

L'affirmation implique l'idée de vrai et l'idée de faux; car affirmer, c'est prononcer qu'on tient pour

6 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE' L'UNIVERS.

vraie telle perception actuellement présente à l'esprit. Pour bien entendre en quoi consiste l'acte propre de l'affirmation , il est donc nécessaire d'attribuer d'abord un sens clair et fixe , à ces mots vrai , faux , vérité , erreur.

La vérité ou le vrai peut être considéré soit subjectivement, soit objectivement, en nous, ou hors de nous. En ce moment , nous ne saurions le considérer hors de nous, puisque, cherchant la règle de l'affirmation légitime, nous ne pouvons pas même affirmer légitimement qu'il existe quelque chose d'extérieur à nous. Le vrai maintenant, n'est donc et ne peut être pour nous qu'un simple fait subjectif.

Essayons de constater ce fait, de le constater dans ses rapports avec la nature humaine tout entière. ou dans son universalité.

Or, en tant qu'universel , il suppose manifestement deux autres faits, l'existence d'hommes semblables à nous, et un certain ordre de relations entre nous et ces hommes, et de ces hommes entre eux. Ni cette existence, ni ces relations ne nous sont démontrables , mais nous y croyons forcément. Ainsi elles constituent un fait subjectivement lié à la conscience intime que nous avons de nous-mêmes , et inséparables , sous ce rapport , du fait de notre propre existence. Quoi qu'il en soit de la réalité objective

Page 1