‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 31 sur 245 · LIVRE 1er. — CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — CHAPITRE 1er

de la perception interne qui produit en nous cette insurmontable croyance , ce nous est dès-lors une nécessité, dans la recherche qui nous occupe, de procéder comme si réellement il existoit en dehors de nous d'autres êtres semblables à nous et en relation avec nous.

Afin de constater la loi générale de l'affirmation , placez-vous donc mentalement au milieu d'un nombre quelconque d'autres hommes. Vous leur ferez d'abord cette question : Croyez-vous que j'existe et que vous existiez ? Votre existence et la mienne, que je me déclare impuissant à prouver en aucune façon , est-elle un fait que vous admettiez , comme je l'admets, invinciblement?

S'ils répondent non, il est évident que vous ne sauriez aller plus loin : tout est fini entre eux et vous. Mais leur conscience intérieurement aura fait une autre réponse.

S'ils répondent oui, vous leur demanderez en second lieu : « Croyez-vous que je vous entende et que vous m'entendiez; que je vous manifeste ma pensée par la parole , et que vous me manifestiez la vôtre? » /

Encore ici s'ils répondent non , il est impossible de passer outre ; mais évidemment ils mentent , puisqu'ils répondent, et que, par conséquent , ils ont entendu.

8 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DÉ L'UNIVERS.

S'ils répondent oui, les faits primitifs de l'existence , et de la communication des pensées par le discours sont constatés , et Ton peut dès-lors en constater un troisième, savoir : la notion universeLe du vrai, considérée, comme nous l'avons dit, subjectivement dans l'homme.

Or, demandez à chaque homme ce qui se passe en lui, lorsqu'il dit : cela est vrai, ou lorsqu'il affirme quelque chose ; il vous répondra qu'en affirmant, il rend témoignage d'un fait interne, savoir : l'acquiescement de son esprit à une notion , à une idée qui lui est actuellement présente. Et quand , au contraire, il dit, d'une autre idée, d'une autre notion, qu'elle est fausse , il déclare par là que son esprit y répugne, qu'il la repousse.

Tous les hommes peuvent s'assurer par l'observation des faits internes dont ils ont la conscience, que le vrai et le faux, subjectivement considérés , ne sont , en chacun d'eux , que cette adhésion , ou cette répugnance invincible, et le témoignage commun constatant l'universalité de ce fait, il s'ensuit que le vrai subjectif peut être défini ce à quoilaraison humaine acquiesce , et ne sauroit même être défini autrement.

Mais cette définition peut offrir deux sens ; car elle peut signifier : Le vrai est ce à quoi chaque raison individuelle acquiesce actuellement, ou : Le vrai est ce à quoi

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