LIVRE 1er. — CHAPITRE Ier
la raison de la généralité des hommes ou la raison commune acquiesce toujours et partout.
De ces deux définitions, la première ne fournit aucune règle à l'aide de laquelle on puisse rien affirmer immuablement, chaque homme ayant l'expérience que sa raison souvent acquiesce et répugne à la même idée en des temps divers , et la même expérience lui apprenant que ce à quoi sa raison acquiesce , la raison d'un autre homme peut y répugner simultanément. Si le vrai n'étoit donc que ce à quoi la raison individuelle acquiesce actuellement , si cet acquiescement individuel en étoit la marque, le caractère unique et dernier, il s'ensuivroit que la même notion, la même idée identique pourroit être successivement et même à la fois vraie et fausse , en d'autres termes , qu'il n'existeroit rien de vrai , rien de faux, universellement, immuablement , ni par conséquent aucune loi possible d'affirmation.
Que si, au contraire, en disant : Le vrai pour l'homme, est ce à quoi la raison humaine acquiesce, on entend par raison humaine , la raison de la généralité des hommes, ou la raison commune, toute variation successive, comme toute opposition simultanée, disparoit manifestement. Le vrai n'est plus déterminé par l'état passager d'une intelligence particulière, mais par l'état constant, universel des
iO lre PARTIE. — DE DIEU ET D^ L'UNIVERS.
intelligences du même ordre. Il est ce à quoi la raison commune adhère toujours et partout, ce qui est invariable comme la nature des êtres , et chacun dès-lors a une règle invariable aussi de ses pensées et de ses jugements, une loi immuable d'affirmation.
De là plusieurs conséquences.
Premièrement , comme pour affirmer , il faut affirmer quelque chose, la notion est antérieure à toute affirmation. C'est à elle que l'esprit acquiesce ; elle précède donc l'acquiescement. Elle est le premier fait constitutif du vrai.
Secondement, le vrai étant *le terme de l'affirmation , et le caractère du vrai étant l'acquiescement universel , l'adhésion commune ; la raison logique d'affirmer est extérieure à chaque homme, et par conséquent chaque homme , de quelque manière qu'il soit affecté intérieurement , doit affirmer ce qui porte le caractère du vrai, ou régler sa croyance sur la croyance universelle. Et puisque le motif de croire ou d'acquiescer définitivement et immuablement est extérieur à lui et indépendant de ce qu'il éprouve en lui , la loi primitive et fondamentale de la croyance, et par conséquent de la raison, est l'obéissance à l'autorité extérieure ou à la raison commune qui proclame le vrai.
Mais le même esprit qui reçoit passivement les vérités proclamées par la raison commune, a , dans