LIVRE 1er. — CHAPITRE II
missible, supposerait un dénombrement complet des éléments simples, ou une science dont il est impossible à nul homme d'approcher jamais ; et d'ailleurs la connoissance la plus étendue des phénomènes isolés par l'analyse , ne peut donner celle d'aucune cause déterminée ni d'aucune loi.
La synthèse purement rationnelle n'est pas moins impuissante, parce qu'elle manque de base et part nécessairement d'une hypothèse gratuite. Seule elle ne conduit, ainsi que l'analyse, qu'à des affirmations conditionnelles, c'est-à-dire, au doute. Il se peut, telle est sa formule , et encore dispute-t-on sur ces possibilités spéculatives qui forment son point de départ. A moins qu'on ne remonte jusqu'à l'infini, l'absolu, le nécessaire, l'on n'affirme point, l'on suppose. Or, le nécessaire, l'absolu, l'infini, sans lequel nulle preuve ne sauroit lui-même être prouvé : on y croit, voilà tout ; et ainsi la démonstration a sa racine dans la croyance pure.
Il faut donc, pour arriver à une philosophie solide, appuyer la synthèse sur la foi, dont la tradition perpétuelle et universelle est, comme nous l'avons expliqué, l'expression; car alors, au lieu d'hypothèses que rien n'autorise , qu'on peut également affirmer ou nier, on a pour point de départ des vérités certaines, et une règle pour apprécier la justesse des déductions.
24 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE i/UNIVERS.
Toutefois ces déductions , on ne sauroit trop le répéter, demeurent contestables jusqu'à ce qu'elles n'aient reçu de l'assentiment général un caractère de certitude qui les élève au-dessus des simples conceptions particulières : et c'est ce que nous prions de ne pas oublier, lors même que nous paroîtrions le plus affîrmatif.