‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 42 sur 245 · LIVRE 1er. — CHAPITRE lïii · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — CHAPITRE lïii

conséquent un rapport direct à la question générale de l'Amour, seul principe efficace d'union, et se résout dans celle-là. Or la Puissance, l'Intelligence 1 l'Amour, existant à un degré infini dans la substance infinie , c'est Dieu. Toutes questions possibles se résolvent donc dans la question primitive de Dieu et de la trine unité de son être.

Les faits divins ou nécessaires , et les faits contingents , correspondant, ainsi qu'on l'a vu , les uns à l'infini, les autres au fini t ceux-ci ayant leur raison dans ceux-là , et toute conception possible n'étant que la perception de leurs rapports , il est évident qu'à cet égard inséparables , ils doivent être admis simultanément. En d'autres termes , toute opération de l'esprit supposant un fonds antérieur d'idées sur lesquelles il opère, toute conception supposant la notion antécédente de l'objet qui doit être conçu , toute philosophie implique des faits primordiaux intellectuels. Or, il existe deux ordres de faits ou deux ordres de notions, l'un qui a l'infini pour objet, l'autre le fini. La philosophie qui embrasse toutes les notions et tous les faits pour en découvrir les relations ou pour les ramener à une unité première , terme de toutes les conceptions comme elle est le terme de toutes les existences, repose donc sur une double foi à une double existence simultanée , se manifestant chacune par ses phénomènes propres et as-

50 Ire PARTIE. >— DE DIEU ET DE L*UNIVERS.

sujettie à ses lois propres , sans que l'on puisse déduire Tune de l'autre rigoureusement.

Tous les philosophes néanmoins lui ont donné une hase différente, quoique tous, quelle que fût d'ailleurs leur prétention à tout prouver, soient partis d'une ou de plusieurs notions, d'un ou de plusieurs faits admis sans preuves , et par conséquent d'une foi primitive. Mais , explicitement ou implicitement, ils ont mutilé cette foi nécessaire en prenant pour fondement de leurs spéculations, soit le seul fait de l'existence du fini, soit le seul fait de l'existence de l'infini, selon qu'ils procédoient suhjectivement ou objectivement ; et la conséquence de cette méthode, est que toutes les philosophies dont nous parlons , poussées jusqu'aux dernières conséquences du principe rationnel qui leur sert de base , aboutissent logiquement , soit au scepticisme , soit au panthéisme, parce qu'elles en contiennent le germe, la racine dans leur sein.

En effet, la racine du scepticisme est l'impossibilité absolue de trouver quelque chose de nécessaire dans le fini , et par conséquent de fonder sur le fini, pris comme point de départ, aucune affirmation légitime.

La racine du panthéisme est l'impossibilité non moins absolue de s'assurer rationnellement de l'existence du fini , s'il n'est pas nécessaire ; et , si on le

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