‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 49 sur 245 · LIVRE 1er. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — CHAPITRE V

aperçue en soi , car, dans sa simple et pure essence, elle n'a point de formé qu'un esprit limité puisse saisir.

Ainsi l'Etre est , par sa nature , souverainement intelligible , et lui seul même est intelligible ; il est le terme et le moyen de toute vision intellectuelle : le terme, puisqu'on ne voit que ce qui est; le moyen, puisqu'il est lumière et l'unique lumière. Et cependant cette lumière, cet Être est, comme on vient de l'expliquer, indiscernable, incompréhensible : et c'est le caractère propre de la substance !. Une, de l'unité la plus absolue, elle n'offre, en tant que pure substance, rien de déterminé, rien de distinct, quoiqu'elle contienne en soi, dans sa mystérieuse essence, ce par quoi la distinction peut et doit se manifester, ce quelque chose de substantiel qui montre , spécifie , détermine en elle des existences distinctes.

Telle est la notion de l'Etre infini , autant qu'elle est accessible à notre foible intelligence. Et comme rien ne peut être qui ne soit renfermé dans son idée, qui ne soit lui en quelque manière et à quelque degré, et que s'il n'étoit pas, rien ne seroit, il s'ensuit qu'il est nécessairement , sans qu'on puisse exprimer cette nécessité souveraine , intrinsèque ,

i Le nom même de substance, ce qui est au-dessous, indique quelque chose qui ne peut être embrassé, compris.

44 lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

autrement que par le nom même de l'Être , en disant : 11 est. Non-seulement le langage est impuissant à remonter plus haut ; mais encore on conçoit nettement que là est la borne de toute pensée.

Et puisque nous avons l'idée de l'Être dans son unité absolue , puisqu'il n'est point d'idée qui n'implique celle-là , il n'en est point non plus qui ne renferme le mystère et n'émane du mystère ; d'où nous pouvons conclure déjà que rien ne nous est pleinement compréhensible , et qu'ainsi toute philosophie qui aspire à une pleine compréhension méconnoît le vrai fondement de l'intelligence et se nourrit d'un espoir insensé; car notre conception est bornée comme nous, et ce qui n'a point de bornes lui échappe. Mais, si notre esprit ne peut concevoir l'Etre un , absolu , infini , il ne lui en est pas moins présent, plus réel que la pensée même dont il est l'objet nécessaire , et qui , dans ses phénomènes fugitifs, n'en est qu'un reflet obscur et partiel.

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