LIVRE Ier. — CHAPITRE VI
qu'on dit de l'Être doit être dit de Dieu. Dieu est donc un , infini , incompréhensible. Cependant la notion de Dieu n'est pas uniquement la simple not on générale de l'Être. Dieu est l'Être infini, considéré soit dans ses rapports avec les êtres finis ou les créatures , soit dans ce que sa propre essence renferme de nécessaire à la fois et de distinct. Nous disons de distinct, car, bien que l'Être , conçu spécialement sous la notion de substance primitive et radicale , implique une simplicité absolue , cette substance contient en soi , ainsi qu'on l'a dit , ce par quoi la distinction peut et doit se manifester; et, quoique rigoureusement un, l'Etre a néanmoins des propriétés nécessaires comme lui , infinies comme lui , puisqu'elles ne sont que lui-même , et distinctes entre elles : car ce sont les propriétés qui déterminent l'Être1, qui le constituent ce qu'il est; et l'absence de toutes propriétés n'est que l'absence totale de l'Être.
Nous avons en nous une image de ce qui , à cet égard , existe en Dieu. Considéré dans sa substance, notre être , quoique fini , est un aussi , simple , incompréhensible ; et néanmoins il ne laisse pas de se révéler sous des notions distinctes, par diverses pro-
1 On voit par-là combien il importe de ne pas confondre le général, l'universel, l'infini, avec l'indéterminé. Rien d'existant n'est indéterminé. Ce mot n'indique que notre ignorance de ce qui constitue la détermination ou la nature de tel ou tel être.
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priétés qui lui sont inhérentes , et qui n'en altèrent point l'unité essentielle, laquelle demeure toujours ce que l'esprit conçoit de primitif en lui.
Que si, contemplant l'Etre infini, nous essayons de découvrir ses propriétés nécessaires , nous trouvons que l'idée de l'Etre renferme premièrement celle de force ou de puissance : car, pour être , il faut pouvoir être , et l'existence implique la notion d'une énergie par laquelle elle est perpétuellement réalisée.
L'intelligence est , en second lieu , contenue dans l'idée de l'Etre infini , puisque visiblement quelque chose qui peut être et qui est lui manqueroit , ou il ne seroit pas infini , s'il n'étoit pas intelligent. Il ne seroit même en aucune manière ; son existence impliqueroit contradiction : car rien ne sauroit exister sans forme , et la forme n'est en Dieu que l'intelligence sous un autre nom. Qu'est-ce en effet que la forme, selon son essence? ce qui détermine l'être , et par conséquent une condition indispensable de son existence , car l'indéterminé n'est pas ni ne peut être. Tout être impliquant donc une forme qui le détermine et sans laquelle il ne seroit pas , ne peut dès-lors être connu que par sa forme et dans sa forme ; en d'autres termes , la forme seule rend l'être intelligible. L'intelligence , dans l'être absolu, est donc la connoissance qu'il a de soi-même , en