LIVRE 1er. — CHAPITRE VII
tera grand à jamais , n'ont point usé leur génie dans un labeur sans fruit, et la société surtout, la société, dirigée par une secrète intuition du vrai, qui est la source la plus réelle , quoique la moins remarquée du progrès , ne sauroit , à moins que la raison ne soit elle-même une chimère, avoir été déçue par une illusion de dix-huit siècles. Ces réflexions étoient nécessaires pour écarter certaines préventions qu'a pu éveiller le titre de ce chapitre. Rentrons dans notre sujet.
Nous avons reconnu que la notion de l'Etre infini renferme nécessairement celle de trois propriétés distinctes , coexistantes en lui , et dès-lors liées entre elles suivant un ordre , non de succession , mais de principe. Considéré dans sa substance , l'Etre infini étant un de l'unité la plus absolue , il s'ensuit que chacune de ses propriétés est l'Etre tout entier selon sa substance. Et comme ces mêmes propriétés sont essentiellement distinctes entre elles , il s'ensuit , en second lieu , que la Puissance n'est ni l'Intelligence ni l'Amour, et est l'Etre tout entier; que l'Intelligence n'est ni la Puissance ni l'Amour, et est l'Etre tout entier ; que l'Amour n'est ni la Puissance ni l'Intelligence, et est l'Etre tout entier : en d'autres termes, que la Puissance, l'Intelligence, l'Amour, sont caractérisés , dans l'unité de l'Etre absolu , par quelque chose qui leur est exclusivement propre ,
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et par conséquent subsistent d'une manière individuellement distincte dans cette unité. Or, l'individualité intelligente , déterminée par quelque chose d'essentiel et de permanent , constitue la notion propre de personne , laquelle suppose de plus un suppôt substantiel , d'où elle tire sa réalité , son être effectif et radical. Donc il existe trois Personnes dans l'unité de l'Etre absolu : et ces trois Personnes, coexistantes dans la substance une et infinie, c'est Dieu. Chacune d'elles d'ailleurs , possédant avec la substance une et absolue toutes les propriétés qui lui sont essentiellement inhérentes , possède dèslors la nature divine tout entière, car la nature d'un être n'est que cet être même , en tant que déterminé.
On sent bien que le langage humain , borné dans tous les sens, ne sauroit représenter qu'avec une extrême imperfection ce qui , par essence , est sans bornes. Tout ce que nous disons du souverain Etre n'exprime que ses relations avec notre manière de comprendre : nous ne saunons le ccnnoître comme il se connoit , avoir de lui la claire intelligence qu'il a de lui-même. Le mot de Personne appliqué aux trois énergies primordiales, nécessaires, éternelles, qui constituent Dieu , ne nous donne sans doute qu'une idée relative de ce qu'elles sont en soi; mais cette idée incomplète et non inexacte , n'en est pas