LIVRE 1er. — CHAPlTftE IX
engendré , car il est lui-même la force génératrice , la Puissance première par laquelle tout ce qui est est. De lui et du Fils procède l'Esprit , et il ne procède d'aucun autre, parce qu'il n'existe point de principe antérieur à lui.
Ici la pensée doit s'arrêter : le reste est le mystère impénétrable de Dieu et de son essence. Comment sonder l'abîme de la Puissance infinie? Comment la connoître, la comprendre en soi, dans sa nature intime, dans son être essentiel? Nous en avons l'idée , une idée claire , mais incomplète au degré même où notre entendement est fini. Les mots de puissance, de force, réveillent en nous cette idée telle que nous la pouvons saisir, et tout effort, pour l'expliquer plus amplement par le discours, au lieu de la développer , y pose des bornes , au lieu de l'étendre , la restreint , au lieu dé l'éclaircir , altère sa simplicité lumineuse. Nous apercevons nettement les notions constitutives de l'Etre ; mais le fond de l'Etre même , sa substance échappe à notre compréhension. Nous comprenons seulement l'impossibilité naturelle et radicale où nous sommes de le comprendre , et la philosophie , dont le but est l'accroissement indéfini de la connoissance, consiste aussi, nous le répétons, à réprimer les vaines tentatives de notre esprit pour sortir de la sphère qui lui est propre. Au-delà sont d'épaisses ténèbres,
une nuit immense , où s'égare sans fin la curiosité aveugle. Mais au-delà encore, en un autre sens, bien au-delà des limites de notre intelligence , le cœur, plongé dans l'adoration, absorbé dans le ravissement , perdu dans l'extase, sent par l'amour ce qui ne peut être vu , et murmure au sein de l'Etre incompréhensible cette parole : Père !
LIVnE 1". — CHAPITRE X. 69