DES MODES D ÊTRE DE DIEU
Eu pénétrant , à l'aide des seules forces de la pensée, dans les mystérieuses profondeurs de l'Etre, nous nous sommes demandé ce qu'il est en soi , ce que renferme sa notion , ce qui constitue sa nature , essayant de découvrir ses lois internes dans les immuables nécessités inhérentes à l'Unité première, origine et terme de toute conception. Afin de compléter cette magnifique science de l'Etre, sur laquelle toutes les autres, comme on le verra , viennent s'appuyer , il faut encore le considérer sous un point de vue nouveau , dans les modes d'être qui lui sont exclusivement propres, et qui dérivent de son incommunicable essence.
Il existe , mais non pas à la manière des créatures : il n'y a pour lui ni temps, ni espace, ni mouvement. Infini dans son unité, il exclut toute limite, tout changement, toute succession. Il est, voilà sa durée ; il est en lui-même , voilà son lieu, et
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dans ce lieu immuable qu'aucune étendue ne mesure, il est partout, et partout tout entier, se produisant par sa puissance, se connoissant par sa pensée, se vivifiant par son amour. Eternel , immense , omniprésent, il n'a au fond qu'un seul mode d'être, que notre foible intelligence décompose pour le mieux concevoir en le comparant aux modes d'être de la créature; et ce mode divin, c'est l'infini.
Toutes les notions premières , objet de pure intuition , ne sont pas susceptibles de recevoir une clarté plus grande que celle dont l'esprit est d'abord frappé, dès qu'elles lui apparoissent. Cherchez à éclaircir par le discours les notions simples d'immensité, d'éternité, les notions du temps et de l'espace, vous ne réussirez qu'à les obscurcir, qu'à voiler la lumière qui émane d'ellea; immédiatement. Il existe un ordre d'idées primitives qui , ne se déduisant de rien d'antérieur, constituent les phénomènes fondamentaux de l'intelligence , phénomènes que nous acceptons forcément tels qu'ils s'offrent à nous. Ils se rattachent sans doute à des lois que nous pouvons connoitre en partie; mais ces lois, dont nous aurons dans la suite à nous occuper , dépendent elles-mêmes de ces idées primordiales , les supposent et ne sauroient dès-lors servir à les expliquer en soi. Et encore ici nous retrouvons cette double base de faits primitifs et indémontrables et d'une foi