‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 80 sur 245 · DIVERSES ERREURS SUR LA CRÉATION. SA NOTION VÉRITABLE · texte numérisé non relu

DIVERSES ERREURS SUR LA CRÉATION. SA NOTION VÉRITABLE

Pour se faire une idée exacte de ce qui existe hors de Dieu ? il a fallu d'abord approfondir la notion de Dieu même , et remonter à la Cause suprême , éternelle , infinie , pour expliquer les effets contingents , transitoires , bornés.

L'existence de l'univers , comme tous les faits primitifs , doit être admise de foi , et n'est pas susceptible de preuve. La question philosophique est uniquement de savoir comment on peut concevoir qu'il existe , qu'il ait commencé d'exister , et quelles sont les lois générales qui président , si on peut le dire , à sa vie. Toutefois avant d'entrer dans ce vaste et important sujet , nous ferons observer que la raison de l'univers ne se trouve point dans la seule Puissance ? et que la création , impossible

100 lïe PARTIE. — • DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

évidemment en toute autre hypothèse , implique une trinité de personnes en Dieu f. Car rien n'a pu être créé sans un principe de forme et un principe d'union actifs ou efficaces. Or , en tant qu'elle est commune à tout ce qui est Dieu , en tant qu'elle appartient à ce qui constitue son unité , l'intelligence est purement passive. Pour devenir active , il faut qu'elle emprunte quelque chose d'essentiellement propre à la Puissance ; et le Fils , la Parole, le Verbe est l'Intelligence active , et il tire son activité de sa relation personnelle avec le Père qui l'engendre. Il en est ainsi de l'Amour , qui ne peut être actif ou efficace que par une relation analogue avec la Puissance , principe unique et radical de toute activité. Or , on ne sauroit concevoir un principe actif infini , sous une autre notion que celle de

i On ne doit jamais oublier que ce mot le moins imparfait que fournisse la langue pour exprimer ce que sont, dans l'Être infini, les énergies distinctes qu'implique nécessairement sa notion , correspond bien moins à la réalité qu'au mode de conception qui résulte des limites naturelles de notre intelligence. Cum quœritur quid très, disoit Saint-Augustin, magna prorsus inopia humanum laborat eloquium. Dictum est tamen très personœ, non ut illud diceretur, sed ne taceretur. De Trinit. L. v , c. 8 et 9 ; L. vu , c. 4.

Plusieurs Pères grecs, notamment Saint- Grégoire deNazianceet Saint-Bazile, nommant hypostase ce que les latins appeloient persona, admettoient en Dieu trois hypostasçs. En Occident, on rejeta ce mot , auquel on sembloit attacher le même sens qu'à oxjfflx, substance, essence. Dans l'insuffisance à jamais irrémédiable du langage humain , le mieux nous paroît être de s'en tenir à l'expression reçue , en avertissant, comme nous l'avons fait, de cette insuffisance.

Page 1