‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 81 sur 245 · LIVRE IIe. ■— CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. ■— CHAPITRE Ier

personne. Trois Personnes ont donc dû concourir à la création , puisque trois principes actifs et infinis y ont concouru nécessairement.

L'esprit humain semble avoir, dès la plus haute antiquité , vacillé entre deux erreurs. On s'est représenté l'univers comme une émanation de l'Etre infini, ou, pour nous servir d'une expression de la philosophie indienne , comme le rêve de Dieu ; ce qui a conduit à n'y voir qu'un assemblage de purs phénomènes , dépourvus , hors de l'Etre infini , de toute réalité effective : hypothèse qui renferme rigoureusement le panthéisme , ou , pour mieux dire , qui est le panthéisme même. Or, sans qu'il soit besoin d'entrer dans aucune discussion , on reconnoît tout de suite que cette manière de concevoir l'existence de l'univers est nécessairement fausse, puisqu'elle se réduit à nier le fait même qu'il s'agissoit d'expliquer.

Très anciennement aussi on a supposé la coexistence éternelle de deux principes divers et primitivement indépendants , Dieu et la matière. Dieu ensuite , soumettant la matière à son action , en forma tous les êtres, à peu près comme l'artiste forme des vases avec l'argile ; ou , suivant une idée plus conforme au génie philosophique des premiers temps , il la féconda en s'unissant à elle et la pénétrant de sa forme plastique et vivifiante. Entendu en ce der-~

nier sens , ce dualisme antique se résout en un vrai panthéisme . selon lequel Dieu , uni au monde , l'informe comme l'âme humaine informe le corps. Entendu dans le premier sens , les deux principes subsistent séparés ; mais , différents par leur essence , ils ne sauroient dès-lors être infinis ni l'un ni l'autre, puisqu'aucun d'eux ne renferme tout l'être. D'où il suit que ce système détruit à la fois et la notion de Dieu et celle la Création qu'il transforme en une simple disposition, un simple arrangement des éléments passifs d'une matière préexistante : et c'est pourquoi les philosophes qui, pour expliquer l'origine du monde , ont imaginé cette hypothèse opposée à la croyance universelle , nient réellement , comme les panthéistes , le fait qu'il s'agissoit d'expliquer.

Quelques autres , afin d'écarter le système panthéistique de l'émanation et le système non moins erroné suivant lequel Dieu auroit formé l'univers d'une substance différente de la sienne et coéternelle à la sienne, ont admis que la Toute-Puissance l'avoit créé de rien 1, ce qui peut signifier deux choses: que, par l'acte de la création, toute créature , en tant que créature , a passé du non-être à

i Sud omnipotenti virtute simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit (Deus) creaturam spiritalem et çorporalem, Later, Cône. iv.

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