LIVRE IIe. — CHAPITRE Ier
Tétre ; ou que Dieu , pour créer, tira du néant une substance nouvelle qui n'avoit aucune sorte d'existence auparavant. Dire , selon le premier sens , que la Toute-Puissance a tiré du néant l'univers ou Ta créé de rien , c'est énoncer un vérité fondamentale et incontestable. La même locution , expliquée selon le second sens , est fausse , en tant qu'elle fait intervenir dans la notion de la création un terme qui exclut toute réalité quelconque , ce qui fournit des armes dangereuses pour combattre la création même par l'impossibilité évidente que la puissance , même infinie, s'exerce sur ce qui n'est pas et ne peut être.
Essayons de nous faire une notion plus précise de cette grande œuvre de la création , et concevons d'abord que l'intelligence de l'Être infini , comprenant tout ce qui est renfermé dans l'idée générale de l'être, contient en soi nécessairement l'exemplaire primitif, le type de tous les êtres particuliers. Ces types, ces exemplaires , sont ce que Platon et d'autres philosophes plus anciens appeloient les idées divines. Liées entre elles , comme tout ce qui subsiste dans l'Etre absolu , par un principe infini d'union , qui les ramène à l'unité essentielle à Dieu, elles ne forment en lui qu'une grande pensée qui est son intelligence même, son Verbe. Car, de même que les propriétés diverses n'altèrent point l'unité de la
iô4 Iro PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
substance infinie , la diversité des idées n'altère point l'unité de l'intelligence infinie ; comme aussi l'unité de la substance et de l'intelligence, loin d'être incompatible avec la distinction réelle des propriétés et des idées , la suppose au contraire , sans quoi la substance et l'intelligence restant indéterminées , leur existence seroit impossible , ou l'Etre ne seroit pas.
Il y a donc, dans l'Intelligence divine, ou dans le Verbe divin, premièrement, une pensée unique qui est luirmême ; secondement , des idées distinctes représentatives de tous les êtres particuliers , ou de toutes les formes particulières que peut revêtir l'Etre infini, en le supposant limité ; troisièmement, quelque chose qui , en spécifiant ces idées particulières dans l'entendement divin, détermine leur distinction actuelle. 11 est clair, en effet , que si les êtres particuliers n'étoient pas primitivement spécifiés dans la pensée divine, s'ils n'avoient pas en Dieu , sous ce rapport , une existence distincte , déterminée par leur idée propre, toute création serait impossible.
Créer, c'est produire ou réaliser au dehorace qui auparavant n'avoit d'existence que dans l'enfëndement divin. Et 3 puisqu'en créant Dieu donne l'être , cet être qu'il donne , il le tire de soi , puisqu'il ne peut évidemment exister aucune portion d'être qui