‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 86 sur 245 · LIVRE IIe. — CHAPITRE II* H · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — CHAPITRE II* H

que la Création seroit alors infinie contre son essence : elle seroit Dieu , ou , en d'autres termes , Dieu se seroit reproduit lui-même.

On voit de là comment et pourquoi Leibnitz et Malebranche , d'une part , Bossuet et Fénélon , de l'autre , en discutant la grande question à laquelle on a donné le nom d'optimisme , ne pouvoient , sous le point de vue où ils la considéroient , parvenir à une solution satisfaisante. Des deux côtés on se représentoit l'entendement divin comme renfermant différents ordres de mondes possibles, dont chacun , complet en soi , auroit pu être réalisé , les autres continuant de demeurer seulement dans la catégorie des possibles, Dieu, pour créer, avoit dû faire un choix entre ces divers mondes. Mais , disoient les optimistes , tout choix suppose un motif déterminant : ce motif , il faut le trouver en Dieu seul , puisque seul il étoit avant de créer. L'amour, impulsion dernière d'où émane l'acte et qui le complète , implique le motif cherché , mais n'est pas ce motif nécessaire pour le déterminer luimême. L'idée de motif est immédiatement relative à l'intelligence , à la raison, à la sagesse. On doit donc placer dans la sagesse le motif de la création. Or la sagesse infinie est nécessairement déterminée au plus parfait , sans quoi l'être sage agiroit avec moins de raison d'agir. Le monde sur lequel le

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choix divin s'est fixé , est donc le plus parfait des mondes possibles.

En partant des notions admises de part et d'autre, on ne pouvoit opposer à ces raisonnements aucune réponse directe. Aussi les adversaires de l'optimisme se bornèrent-ils à les combattre par des objections qui n'étoient non plus susceptibles d'aucune solution directe. En effet , disoient-ils , ce monde que vous supposez le plus parfait, n'a cependant, quel qu'il soit, qu'une perfection bornée : il y a donc entre lui et Dieu une distance infinie. Or , sur quel fondement contesterez-vous au souverain Être ou la faculté de concevoir quelque chose de plus rapproché de lui , ou la puissance de le réaliser ?

On voit que , réduite à ces termes , la dispute étoit éternelle : nul moyen de résoudre les difficultés qu'on s'opposoit réciproquement. Mais ce n'est pas tout : quelle que fût celle des deux opinions à laquelle on s'arrêtât, il en résultoit des conséquences terribles , et qui conduisoient forcément soit à renoncer à la notion de Dieu , soit à nier la possibilité de la Création. Car, premièrement, si Dieu, comme le soutenoient les optimistes étoit nécessairement déterminé au plus parfait , il s'ensuivoit que Dieu n'avoit pas été libre dans le choix du monde qu'il a créé , ni dans l'acte même de la

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