LIVRE IIe. — CHAPITRE II
création , puisque cet acte , conçu en soi indépendamment de tout choix , avoit dû avoir aussi un motif pris dans la sagesse , un motif infini , et dèslors nécessitant : ce qui conduit directement au système de l'émanation ou au panthéisme.
Secondement, pour échapper à ces conséquences, et pour sauver la liberté de Dieu , leurs adversaires nioient qu'il eût besoin de motif pour créer , ne faisant dépendre cet acte souverain que de sa liberté même : et dès-lors , séparant la création de tout motif , de toute sagesse , de toute pensée , ils lui donnoient pour origine une fatalité aveugle ; ce qui les eût forcé logiquement , s'ils avoient suivi leur principe jusqu'au bout, ou de nier la création, qui n'a aucune raison dans leur hypothèse , ou de dénaturer , comme les optimistes , mais sous un autre rapport , la notion de Dieu.
Tous ces graves inconvénients disparoissent dès qu'on se représente la Création comme la manifestation progressive de tout ce qui est en Dieu , et dans le môme ordre qu'il existe en Dieu ; car il est évident , dès-lors , que tout ce qui peut être devant être , il n'y a pas même lieu à imaginer un choix. Dieu est libre en créant , et il a pour créer un motif infini comme lui. Ce motif est infini , puisque c'est le type éternel de tout ce qui peut être , c'est-à-dire , l'Etre lui-même , tel qu'il est
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conçu , en tant que participable , par l'intelligence divine. Dieu est libre en créant, parce que la Création étant finie par son essence , le type infini ne peut jamais êlre actuellement réalisé : d'où il suit que le motif par lequel Dieu crée actuellement , n'étant point infini , ne peut non plus être nécessitant. Quelque chose d'infini , mais qui n'est qu'en - lui-même , rend la Création digne de lui : à l'instant où elle commence , elle perd ce caractère , elle tombe dans le fini , et dès-lors la puissance et la sagesse s'unissent à une souveraine liberté.
On doit maintenant comprendre la raison des anxiétés de l'esprit humain et de ses oscillations perpétuelles entre deux hypothèses contraires relatives à la création , qu'il a supposée tour à tour déterminée en Dieu par un motif simple ou essentiellement infini , ou essentiellement fini.
Dans le premier cas , nécessaire de la même nécessité que Dieu , elle se confondroit avec Dieu , infinie comme lui , éternelle comme lui ; car tout ce qui est nécessaire en Dieu est essentiel à Dieu , et s'accomplit en lui par une opération nécessaire aussi et purement interne dès-lors.
Dans le second cas , on est conduit à rapporter la création à un acte pur de la volonté divine , indépendant de tout motif , c'est-à-dire , au fond , à une force aveugle et fatale ; de sorte que l'on ne